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  • : Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 18:28
Le sinologue François Godement a remarqué que Xi Jinping ne s’embarrasse plus d’allusions aux réformes démocratiques ni au libéralisme du marché : « Grâce à Internet et au big data, son ambition dépasse Orwell ».

 

Ça n’a pas traîné : 6 mois après sa prise de pouvoir, le président Xi faisait disparaître de la constitution la limite des deux mandats. Une illustration supplémentaire de la montée de l’autoritarisme, voire du despotisme qui gagne le monde depuis quelques années, après l’espoir de la généralisation de la démocratie qui avait suivi la chute du mur dans les années 1990.

Mais, dira-t-on, c’est faire du mauvais esprit que de comparer le dirigeant d’un grand pays en voie de modernisation rapide avec tel dirigeant africain laissant croupir son pays dans la misère au bénéfice de sa fortune personnelle.

Cela nous mène à la nature du développement chinois, mais aussi d’abord à sa tradition du pouvoir absolu

UNE TRADITION IMPÉRIALE

Pendant des millénaires, les empereurs chinois avaient un pouvoir absolu en tant que représentant du ciel sur la terre. Mao également, le ciel étant remplacé par le parti.

Et justement Xi Jinping vient de décider un renforcement supplémentaire du rôle du parti. L’article 1 de la constitution définit désormais « le rôle dirigeant du parti comme le trait le plus essentiel du socialisme aux couleurs chinoises ».

Les entreprises étrangères ont d’ailleurs noté la multiplication et surtout des interventions dans la gestion des cellules d’entreprises du parti.

ORWELL L’AVAIT RÊVÉ

Le projet de présidence à vie de Xi Jinping a suscité critiques et moqueries sur les réseaux sociaux. Une image sur WeChat montre le portrait de Mao sur la place Tiananmen remplacé par celui de XiTout cela a bien sûr été rapidement censuré tandis que les médias officiels lançaient une campagne de propagande en faveur du chef de l’État.

Une armée de fonctionnaires contrôle l’internet chinois qui est coupé du monde. Comme il faut bien des passerelles vers l’extérieur, les logiciels pour cela doivent être déclarés et on pourra vérifier que vous « ouvrez la fenêtre sans laisser passer les mouches ».

Le sinologue François Godement a remarqué que Xi Jinping ne s’embarrasse plus d’allusions aux réformes démocratiques ni au libéralisme du marché : « Grâce à Internet et au big data, son ambition dépasse Orwell« .

Il a surpris la planète entière avec la mise en place d’un Super Big Brother, avec la reconnaissance faciale pour tous d’ici 2020, et la notation de tous les citoyens chinois à partir de leurs bons ou mauvais comportements, recensés à partir de leurs pratiques numériques observées 24h/24.

LE POUVOIR, C’EST AUSSI POUR L’ARGENT

Xi ainsi que de nombreux hauts dirigeants actuels sont des « princes rouges » c’est-à-dire les descendants de proches collaborateurs de Mao. Ils ont un pouvoir politique qu’ils peuvent monnayer. Par ailleurs le parti est maintenant ouvert aux « capitalistes », princes rouges ou pas, dirigeants de sociétés privées.

Il est donc tentant de s’aider entre camarades du parti, surtout si les intérêts sont complémentaires, par exemple une attribution de crédits pour les travaux publics d’un côté, la réalisation de ces travaux de l’autre, ou encore des renseignements sur de futurs classements de terrain de zones rurales en zone urbaine. Il est humain ensuite d’aider un camarade capitaliste malheureux en adaptant un marché en cas d’imprévu.

Bref le régime a certains défauts classiques des régimes autoritaires. Mais, disent ses admirateurs, cela pèse peu au regard de ses réussites économiques.

CE RÉGIME EST-IL AU MOINS ÉCONOMIQUEMENT EFFICACE ?

Un peu d’histoire peut éclairer le présent :

  • L’exemple soviétique

Le régime communiste chinois a été inspiré par l’URSS qui l’a soutenu jusqu’à la rupture des années 1970. On y retrouve certains traits de l’économie soviétique : succès dans le domaine des armements et de l’industrie lourde et plus généralement dans les productions « simples », c’est-à-dire ayant un petit nombre de clients contrôlés par l’État : production de charbon pour les aciéries, ventes des aciéries aux usines d’armement, ventes des usines d’armement à l’armée.

L’économie soviétique n’a pas été capable par contre de gérer une économie complexe au bénéfice des citoyens : « nos dirigeants mangent de l’acier, nous préférons la goulash ».

Le précédent soviétique, c’est aussi l’écroulement du régime suite au relâchement de l’autocratie par Gorbatchev. Le régime chinois y a vu à juste titre un danger mortel, et veille au contrôle total de la population, et surtout de tout ce qui pourrait générer un groupe. Une fédération d’associations de gymnastique apolitique en a fait les frais.

Instruite par les échecs soviétiques, la Chine a perfectionné le modèle économique communiste

  • L’ouverture à l’étranger pour éviter des erreurs de l’URSS

Inspiré par les succès japonais, coréen et taïwanais, la Chine a profité de ses très bas salaires de l’immédiat après Mao pour faire venir les industriels étrangers qui lui ont apporté argent, emplois et exemples. Puis, dans un deuxième temps, après avoir formé en masse techniciens et ingénieurs, elle a imité puis dépassé les entreprises étrangères en favorisant de mille façons les entreprises chinoises sous-traitantes puis concurrentes.

Il en est résulté une percée technique et militaire qui la met au niveau des meilleures entreprises mondiales notamment en numérique. Ainsi l’Institut d’études stratégiques (IISS), à Londres, estime que la Chine pourra bientôt déployer une aviation et des missiles au moins aussi performant que les meilleurs matériels occidentaux.

Mais le régime se résume-t-il à ses succès ?

LE RÊVE OCCIDENTAL, UNE VIEILLE LUNE ?

La montée de la Chine traumatise l’Occident, qui oublie qu’elle part de très bas et que c’est grâce à son appui technique et managérial qu’elle est revenue à un niveau normal.

On date souvent de Voltaire le début intellectuel du libéralisme politique occidental, lui-même source du libéralisme économique inventé par Turgot. Depuis que, pour flatter les dirigeants européens, Voltaire inventa la notion de « despote éclairé » agissant pour le bien de son pays, le rêve demeure d’un dictateur bousculant les traditions dans l’intérêt général. De nombreux militaires sud-américains et aujourd’hui le président Xi en bénéficient.

Mais là aussi il faut regarder de plus près si les valeurs sous-tendues sont bien celles des Lumières.

VALEURS OCCIDENTALES ET VALEURS ASIATIQUES

L’Occident s’est bâti sur un socle gréco-romain, qui a notamment introduit la notion de droit de la personne. Après 2000 ans d’évolution, il en est résulté la conviction que les libertés intellectuelles et politiques sont à la fois une valeur en elle-même et une condition nécessaire du progrès scientifique et économique. Cette conviction s’est diffusée dans le reste du monde, et « désoccidentalisée » par l’Indien par Amartya Sen.

En réaction à ces valeurs occidentales ont été proclamées les « valeurs asiatiques » dérivées de Confucius avec le respect quasi absolu de l’autorité politique et familiale. Dans un tout autre contexte, l’autorité en pays musulman participe de la même idée, puisque qu’elle rappelle que « si le chef est en place, c’est que Dieu l’a voulu ».

Un profond conflit de valeurs divise donc les sociétés non occidentales :

  • Leurs élites constatent que c’est l’apport de l’Occident qui permet la liberté et le développement, mais ces élites font face à une majorité traditionaliste instrumentalisée par les pouvoirs en place.
  • Les modernistes sont affaiblis par les doutes de l’Occident sur lui-même, doutes nourris par le marxisme qui a engendré les partis communistes, puis par un désenchantement récent envers la démocratie, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres » d’après Wilson Churchill.

Ce sont ces idées occidentales que combat ouvertement le régime chinois. Mais il oublie qu’elles ont permis le redressement du pays. L’histoire nous rappelle les dégâts de l’ubris , orgueil du succès, et que « le pouvoir absolu corrompt absolument ».

 

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 16:47

Il est des associations qui méritent d'être  soutenues.

L'association l'Un et l'Autre en fait partie en lisant le communiqué de presse ci-dessous vous comprendrez pourquoi. 

Force est de constater, que nous nous devons d'être, de plus en plus,  vigilant et soutenir tous les bénévoles qui quotidiennement lutte contre l'exclusion. 

Jean-Loup Dujardin 

 

 

 

Communiqué de Presse

du jeudi 1 mars 2018

Pour un appel à l’aide d’urgence !

AURORE C’EST L’HORREUR !

Après s’être fait confié la gestion du site de Saint-Vincent de Paul par la Mairie de Paris après le départ de l’AP-HP fin 2014, l’association Aurore s’est présentée comme « opérateur de confiance » auprès des +260 associations accueillies progressivement de 2015 à 2017 sur le site devenu « les Grands Voisins ». Sauf que si le programme des travaux envisagé par Paris-Batignolles Aménagement était prévu pour démarrer en juillet 2018, ce n’est que fin juin 2017 que le compte à rebours est passé soudainement de 12 mois à 6 mois !

Quand on a un espace cuisine de 240 m² avec un espace de stockage des denrées alimentaires dont une chambre sèche, une froide et une négative, pour préparer, 3 fois par semaine tout au long de l’année, plus les jours fériés, +750 repas, soit + 106 000 repas servit en 2017, un espace identique à louer ne se trouve pas en claquant les doigts, surtout quand on est bien seul pour chercher. Et c’est d’autant plus compliqué à trouver quand on doit être proche d’une station de métro pour s’assurer d’avoir des bénévoles et des probationnaires.

Malgré tout, le 5 janvier dernier le maire d’une commune proche du périphérique et président du Forum métropolitain du Grand Paris nous offre spontanément et sans condition l’opportunité de nous accueillir dans un local de 172 m² disponible dans le parc immobilier de son OPHLa Mairie de Paris nous confirme son soutien dans les semaines suivantes pour les 120 000 € de travaux d’aménagement. Reste la confirmation imminente du soutien de notre banque pour assurer la trésorerie, le temps que la subvention des travaux soit versée en juillet prochain. Nous devrions donc pouvoir emménager fin mars - tout début avril grand maximum.

Pendant ce temps, Aurore commence à nous mettre une grosse pression pour que nous libérions les locaux. Non pas parce que notre bâtiment va être démoli et que l’on retarderait l’agenda de l’aménageur, et donc générant des pénalités, pas du tout ! C’est parce qu’Aurore et Yes We Camp veulent le transformer pour faire leurs affaires ! Étant donné les millions de subventions que collecte Aurore en claquant des doigts chaque année, son compte d’exploitation ne peut supporter un retard de quelques semaines dans sa production de marge bénéficiaire dans le domaine de l’aide alimentaire, qu’il facture, lui ! Pour faire de notre cuisine un restaurant, les travaux sont quand même de +150 000 €.

 

Donc après nous avoir menacé de différentes manières tout au long du mois de janvier, nous avons dû déménager fin janvier, le couteau sous la gorge et sans aucun bail, dans un espace bureau, toujours sur le site des « Grands Voisins » devenu les « Greniers Malsains ». Mais quand vous branchez la 3e plaque chauffante, les plombs sautent. Donc au lieu de commencer à préparer les repas dès 8h du matin en cuisine, nous devons commencer à faire la cuisine dans ces « bureaux » dès 5h, trois matins par semaine, pour nourrir nos +750 hôtes par service avec un repas chaud, indispensable par ces températures proches de 0 degré depuis trop longtemps pour ceux qui vivent dans la rue.

Et le 27 février, nous sommes informés verbalement en fin de matinée sur le perron que nous avons 48h pour évacuer ce local car des travaux vont avoir lieu pour faire des douches ! ? ! ? ! Ce coup de poignard public est criminel, mais tout le monde s’en fou car nous sommes dans l’univers bienveillant et solidaire des associations humanitaires en pause hivernale !

Alors on fait quoi ? Devons-nous aller nous immoler sur les Champs Élysées pour défendre notre engagement bénévole pour continuer à servir les plus démunis, ce que nous faisons depuis 2003 ? Devons-nous aller porter plainte au commissariat pour « crime contre l’assistances à 106 000 personnes en danger ? » Doit-on se coucher devant ces dizaines de millions de subventions qui doivent être rentables à la semaine près ? Doit-on demander au GIGN de venir nous protéger contre l’absurdité, la suffisance et l’abus de pouvoir ?

Au nom des 106 000 hôtes nourris en 2017,

Au nom des +2 250 hôtes nourris chaque semaine :

À L’AIDE !

Tout appel téléphonique à qui de droit sera toujours ça de tenté

pour que la bêtise et l’argent ne gagnent pas un mois

face à l’aide humanitaire gratuite…

Jean-François HAREL

Président

 

www.lunestlautre.org

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 17:15
En associant robotisation et puissance informatique, l’IA pourrait-elle nous faire perdre tous nos avantages compétitifs au profit des machines ? C’est aller un peu vite en besogne.

 

De quelques dizaines de millions à 2 milliards d’emplois supprimés d’ici 2030 dans le monde : l’éventail des prédictions de l’impact de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotisation sur le travail est aussi large que le nombre d’experts et d’études sur le sujet. Depuis que les innovations technologiques révolutionnent nos vies, des prédicateurs avisés nous ont toujours fait craindre un chômage de masse qui n’est jamais venu. L’IA dérogerait-elle à cette règle ?

SCHUMPETER A TOUJOURS EU RAISON

Dès le début du XIXe siècle en Angleterre, au cœur de la première révolution industrielle, un mouvement de tondeurs, de tisserands et de tricoteurs, les luddites, s’opposa violemment à l’automatisation des métiers à tisser. La peur de ceux dont la profession allait disparaître était compréhensible.

Leurs emplois ont pourtant été remplacés par de nouveaux métiers. À l’heure des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la crainte du chômage de masse provoqué par une invention radicale telle que l’IA est toujours d’actualité.

Les innovations s’accompagnent toujours d’un phénomène de « destruction créatrice » décrite par Schumpeter. Les transformations technologiques génèrent des gains de productivité tandis que certains emplois se transforment et que d’autres sont supprimés, car devenus obsolètes.

Ces gains se traduisent par des offres plus compétitives (de meilleure qualité et moins chères) pour les consommateurs. Le pouvoir d’achat de ceux-ci augmente et il peut être alloué à de nouveaux biens ou services.

La production de ces derniers permet alors d’embaucher ceux qui ont perdu leur travail, ce qui nécessite leur reconversion professionnelle. La richesse globale augmente tout en « déplaçant » les emplois.

Ces gains de productivité ont considérablement affecté notre société. Activité majoritaire il y a deux siècles avec 65 % de la population active en 1805, l’agriculture représente désormais moins de 3 % de l’emploi en France.

Avec l’exode rural, les paysans n’ont pas chômé éternellement, mais se sont reconvertis en ouvriers. De la même façon, depuis les années 1970, les emplois industriels ont perdu du terrain au profit des services. Ces derniers font aujourd’hui travailler plus des trois quarts des actifs.

Ce mécanisme de destruction créatrice pourrait-il supprimer plus d’emplois qu’il n’en crée ? Alors que cela ne s’est jamais réalisé, à chaque innovation, des disciples de Ricardo et de Marx nous alertent sur les risques d’un chômage technique généralisé. En associant robotisation et puissance informatique, l’IA pourrait-elle cette fois-ci nous faire perdre tous nos avantages compétitifs au profit des machines ?

« CETTE FOIS-CI, C’EST DIFFÉRENT »

Le regain d’intérêt actuel pour l’IA repose sur les travaux de plusieurs scientifiques et ingénieurs visant à augmenter les capacités d’apprentissage des machines. Les réseaux de neurones artificiels et les modélisations logiques des raisonnements humains permettent d’imaginer de nouvelles applications comme les voitures autonomes ou la reconnaissance de tumeurs.

Le scénario d’une domination maléfique des machines n’est pas à l’ordre du jour : un cerveau humain est encore capable de réaliser plus de 10 millions de fois plus d’opérations par seconde que les meilleurs processeurs. L’apprentissage dit « non supervisé », réalisé à partir d’interactions avec l’environnement sans que des humains signalent à la machine si elle répond correctement ou qu’ils lui expliquent comment traiter l’information, n’est toujours pas envisageable.

À l’heure actuelle, aucun indicateur ne démontre que « cette fois-ci, c’est différent ». Les pays les plus robotisés, les plus connectés et les plus informatisés du monde tels que la Corée du Sud ou l’Allemagne présentent des taux de chômage frictionnel, entre 3 et 5 % de la population active. L’IA est donc en train d’améliorer nos vies et de rendre obsolètes certains métiers sans pour autant générer de chômage de masse dans les pays les plus avancés. 

L’INNOVATION NE SE DÉCRÈTE PAS

Par définition, l’innovation c’est ce qui ne se prévoit pas. Personne ne peut prétendre savoir quels seront les métiers de demain. Un porteur d’eau ou un maréchal-ferrant du XVIIIe siècle pouvait-il prédire avec certitude que des métiers tels que data analyst ou youtuber verraient le jour ?

Non seulement ce processus repose sur l’imagination des scientifiques, des ingénieurs et des entrepreneurs, mais l’innovation doit aussi être acceptée par le consommateur. Ces mécanismes ne peuvent être modélisés et personne ne peut affirmer leur impact sur le marché du travail à long terme.

Les prédictions quant à la fin des emplois peu qualifiés sont tout autant hasardeuses. Certains travaux manuels ne sont pas près d’être supprimés. Difficile de dire qui, entre un technicien de surface et un radiologue, a le plus de risque de perdre son emploi à moyen terme. Les machines sont aujourd’hui bien plus capables d’analyser avec précision les résultats d’un scanner que de passer la serpillière.

L’IA N’EST PAS RESPONSABLE DU CHÔMAGE DE MASSE EN FRANCE

Les modèles d’inclusion des marchés du travail de la plupart des pays les plus connectés et les plus automatisés au monde devraient nous inspirer. Ces pays démontrent que l’innovation technologique ne peut être invoquée pour expliquer le chômage de masse qui caractérise la France depuis plusieurs dizaines d’années.

Plutôt que d’écouter ceux qui agitent nos peurs en faisant des prédictions hasardeuses sur une prétendue guerre des intelligences entre les intellectuels et une population peu productive rendue « inutile », donnons-nous les moyens de profiter du développement des nouvelles technologies telles que l’IA pour permettre à tous de participer à la création de richesse et d’en récolter les fruits.

Contrairement aux autres pays avancés, si certains sont exclus aujourd’hui en France, ce sont les barrières à l’entrée sur le marché du travail, telles que les contrats réglementés ou le salaire minimum instaurés par des syndicats corporatistes, qu’il faut blâmer. Ne nous trompons pas de responsable et laissons l’IA révolutionner nos vies et transformer nos emplois.

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21 février 2018 3 21 /02 /février /2018 05:24
L’argent serait une finalité de l’économie ? Et s’il n’en était qu’un élément, tandis que le plus important serait l’échange ?

Lorsque nous évoquons les sujets économiques, nous avons régulièrement l’impression que le sous-jacent final de la discussion est l’argent. Au final, il semblerait que l’économie ne soit qu’une question de flux financiers. C’est d’ailleurs une finalité que nous retrouvons régulièrement dans les raisonnements socialistes : augmenter le SMIC (argent), partager les profits (argent), encadrer les loyers (argent) …

Pourtant l’argent n’est qu’un élément de l’économie mais le réacteur de cette dernière est bien autre, c’est l’échange. Voyons pourquoi.

Nous autres, individus, cherchons à être heureux. Plus quelque chose nous rend heureux et plus elle nous est utile. Pour autant, nous n’avons pas tous la même définition du bonheur : un match de rugby et des bières suffisent au mien, pas sûr que ce soit le cas pour certains. Nous n’accordons donc pas la même utilité à certains biens et produits.

Nous n’avons également pas tous les mêmes talents : certains sont doués pour la musique, d’autres pour écrire, d’autres pour compter etc. Imaginons le cas d’un pêcheur. Tous les jours, il part en mer et ramène des bars délicieux. Le bûcheron, lui, adore le bar, il accorde donc à ce produit une forte utilité. Le pêcheur, lui, a besoin de bois pour construire ses bateaux et aller pêcher, il accorde donc une forte utilité au bois.

Le pêcheur et le bûcheron ont donc un intérêt naturel à échanger du bois contre des bars. Le bûcheron propose au pêcheur d’échanger un tronc contre cent bars. Le pêcheur n’est pas satisfait de cette proposition : en effet, pêcher cent bars lui demande énormément d’efforts et il sait qu’avec cent bars il sera en mesure de nourrir sa famille pendant plusieurs jours. Donc le surcroît d’utilité de posséder un tronc ne compenserait pas l’utilité qu’il retire actuellement de ses cent bars.

Finalement, ils décident de s’entendre sur dix bars contre un tronc, l’échange se fait, chacun en ressort donc plus heureux qu’avant puisque chacun a accru son utilité (bonheur) personnelle. C’est le système du troc qui a prévalu jusqu’à l’instauration de la monnaie.

Néanmoins, nous nous rendons évidemment compte des problèmes liés au troc : il est plus difficile de trouver une parité entre les produits ; clémentines et blé ne s’échangent pas au même moment de l’année, donc certains échanges sont exclus du système de troc…

Il faut dès lors un outil qui mette de l’huile dans les rouages, et cet outil, c’est la monnaie. Je ne vais plus échanger un bien ou un service directement contre un autre bien ou service qui accroît mon utilité mais contre un bien tiers. Ce bien tiers devra avoir une valeur pérenne dans le temps et être reconnu et accepté de tous. Les métaux précieux  se sont donc imposés naturellement comme monnaie car ils ne s’altéraient pas au fil du temps, on ne pouvait pas en trouver ou en créer de façon régulière et ils avaient une utilité naturelle, notamment en joaillerie du fait de leur éclat.

Il est alors bon de rappeler l’exemple des mines d’argent de Potosi. Lors de leur conquête de l’Amérique du Sud, les Espagnols découvrent des mines d’argent dans cette ville de l’actuelle Bolivie. L’exploitation de ces mines crée alors un afflux énorme d’argent en Europe tant et si bien que cela y crée de l’inflation. Comme il y a davantage d’argent-métal en circulation, il perd en utilité, il est devenu une commodité, et les individus demandent donc davantage de pièces en échange de bars ou de troncs d’arbres.

Lorsque nos banquiers centraux impriment de la monnaie ils font exactement la même chose qu’à Potosi. Et l’être humain qui répond à des incentives, demande plus de monnaie pour un bien : c’est l’inflation. Augmenter la quantité de monnaie ne génère pas de bienfaits pour l’économie car elle est un facilitateur d’échange. Ce qui compte c’est ce que vous pouvez obtenir comme biens et services avec une monnaie.

Essayez de payer votre baguette de pain avec des dollars zimbabwéens : même en en proposant des milliards, le boulanger n’en voudra pas car il sait qu’ils ne seront potentiellement pas acceptés chez le fermier pour acheter du lait.

Dès lors, pour augmenter le bonheur de chacun il faut que nous ayons accès le plus facilement possible aux biens et services produits par d’autres personnes et que nous puissions compter sur un intermédiaire d’échanges fiable, dont la valeur ne change pas en quelques mois. Il faut également faire en sorte que nous puissions produire plus efficacement, c’est-à-dire en utilisant moins de ressources, ces biens et services.

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 11:28
Que va changer la réforme du bac proposée par Jean-Michel Blanquer ? Elle pourrait remettre en question les fondements du Léviathan éducatif.

 

Ne nous y trompons pas : ce n’est pas tant une réforme du baccalauréat qu’a présenté Jean-Michel Blanquer ce 14 février qu’une réforme du lycée. Car toucher au bac, c’est toucher à l’ensemble de l’organisation du lycée.

Sur le fond, cette réforme n’en est pas une. Rien ne change vraiment, on appelle autrement ce qui existe déjà. Mais, là où la réforme sera intéressante à observer, c’est sur le moyen terme. Car elle introduit ici et là de la concurrence entre les disciplines (donc entre les professeurs) et entre les établissements. Cette concurrence revient à faire courir un marathon au mammouth obèse donc, potentiellement, sur le moyen terme, à le faire exploser.

LES CHANGEMENTS DU BAC

En Première, les élèves auront deux épreuves de français, un écrit et un oral. Comme aujourd’hui.

En Terminale, ils auront deux épreuves écrites au mois d’avril, sur les deux disciplines de spécialité choisies. En juin, ils auront une épreuve écrite de philosophie et un oral. C’est un changement important, car cela allège les épreuves écrites du mois de juin.

Ces résultats obtenus compteront pour 60% de la notation finale du bac.

Ensuite, les résultats trimestriels compteront pour 10% de la note finale. C’est le contrôle continu.

Enfin, il y aura des partiels, qui compteront pour 30% de la note finale. C’est présenté comme du contrôle continu, mais cela n’en est pas vraiment. Ces épreuves communes porteront sur l’ensemble des disciplines étudiées par l’élève. Elles auront lieu en janvier et avril de l’année de Première et en décembre de l’année de Terminale. Les établissements donneront à leurs élèves un sujet tiré d’une banque de données de sujets. Les copies seront corrigées par d’autres établissements et elles seront anonymes.

Ces points posent plusieurs problèmes. Si les épreuves écrites ont lieu au mois d’avril, cela signifie qu’il faut avoir fini les programmes fin mars et non plus fin mai. C’est donc deux mois de cours en moins. Que vont ensuite faire les élèves entre avril et fin juin ? Bachoter leur philosophie et leur oral. Cet oral est par ailleurs une reprise du TPE (Travaux personnels encadrés) passé jusqu’à présent en Première. Derrière la réforme apparente, il y a donc une grande continuité.

Autre problème, celui des partiels. Cela signifie que tous les établissements doivent avancer au même rythme et faire les chapitres dans le même sens pour être prêts au même moment. À moins que la liste des sujets soit suffisamment vaste pour donner un vrai choix. Le bac devient en réalité plus complexe et les professeurs vont passer leur temps à évaluer plutôt que faire cours. D’autant que ces partiels compliquent mais ne résolvent rien.

C’est simplement déplacer à un autre moment les épreuves qui avaient lieu en juin, et non pas une fois, mais trois fois. Il n’y aura donc aucune économie sur les copies ni sur l’organisation. C’est même l’inverse puisqu’il va falloir organiser trois partiels au lieu d’une épreuve finale. Là aussi, cette réforme n’en est pas une.

LES CHANGEMENTS DU LYCÉE

Il y aura très peu de changement en Seconde. C’est en Première et en Terminale que cela va se faire. C’est la fin des trois séries générales, L, ES et S. Les élèves auront un tronc commun et devront ensuite choisir trois spécialités en Première et deux spécialités en Terminale.

En réalité, c’est maintenir différemment les filières générales. Dans le lycée d’aujourd’hui, il y a déjà un tronc commun et les filières choisies apportent des spécialités. Plusieurs lycées ont regroupé les filières ES et L, voire L et S pour le tronc commun et la classe est séparée pour les spécialités. Là aussi, il n’y a donc rien de nouveau.

L’INTRODUCTION DE LA CONCURRENCE

En revanche, il est clair que cette réforme introduit une concurrence entre les disciplines, donc entre les professeurs, et entre les établissements. On peut déjà prévoir ce que vont choisir les élèves : histoire géographie, littérature et économie d’une part, mathématiques, physique et sciences de la vie et de la terre d’autre part. Mais en Terminale ? Comme dans les meilleurs jeux de télévision, s’il y a trois disciplines en première semaine, il n’y en a que deux pour la deuxième. Qui sera donc évincée ? Il va falloir se battre et l’on peut déjà prévoir que l’économie et la SVT seront sur la sellette.

La concurrence est aussi établie entre les établissements. Toutes les spécialités ne pourront pas être proposées. Certains établissements auront donc intérêt à proposer des spécialités rares pour attirer certains élèves et en évincer d’autres. Or le mammouth obèse et monopolistique n’est absolument pas habitué à la concurrence, qui risque fort de le faire courir, ce qui n’est jamais bon pour lui. Cette réforme introduit des brèches qui peuvent se révéler redoutables sur le moyen terme.

DES DÉFIS NON RÉSOLUS

Il est par ailleurs dommage qu’au moment où le ministre introduit une petite dose de liberté dans le bac, un sénateur dépose un projet de loi, avec le soutien du ministère, pour empêcher la création des écoles libres. C’est une incohérence et une erreur par rapport aux bonnes dispositions proposées par le ministre.

Reste désormais à voir l’application concrète de ces mesures et la réaction des syndicats et du corps enseignant. La dernière réforme du lycée datait de 2011. On peut donc attendre la prochaine, qui arrivera bientôt. Cette réforme ne fait faire aucune économie et ne règle pas le problème de fond : l’absence de candidats aux concours de recrutement. Rien n’est réglé donc et les défis de l’Éducation nationale restent entier.

Le document de présentation de la réforme du bac proposé par le ministère de l’éducation est disponible ici

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 16:38

« On a libéré, maintenant il faut protéger » affirmait la Présidente LREM de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale Brigitte Bourguignon dans Le Figaro. Elle considérait même que :

l’année 2017 a été l’année où on a libéré l’économie, avec les ordonnances, la loi de finances. On arrive en 2018 dans l’autre volet, celui de la protection de l’individu.

À l’entendre, en moins de neuf mois, Emmanuel Macron est parvenu à transformer tellement la France que ça y est,  c’est bon,  le pays est complètement libéralisé. Fini les contraintes inutiles et les réglementations absurdes, fini l’immixtion de l’État dans tout et n’importe quoi, fini les impôts confiscatoires et décourageants ! Fermons ce chapitre douloureux pour n’y plus revenir et songeons plutôt à renforcer les protections du modèle social que le monde entier nous envie !

DES MÉDIAS BÉATS D’ADMIRATION

Dans la même édition du Figarol’éditorial lui donnait complaisamment raison sur le premier point  concernant la réforme « libérale » :

Police de proximité, baccalauréat, apprentissage, assurance-chômage, SNCF, audiovisuel public, laïcité, fonction publique, retraites… (…) c’est peu dire que le gouvernement avance sur les chapeaux de roues.

C’est à peine si le journaliste émet quelques petites réserves : encore faudra-t-il que tout ceci se passe « sans heurts » et encore faudra-t-il que le gouvernement agisse « sans faiblesse ».

Difficile d’oublier également que la Cour des comptes estime dans son récent rapport 2018 que la trajectoire des finances publiques « est affectée de nombreuses fragilités », même si elle se montre moins sévère que du temps de Hollande et Sapin.

Mais dans l’ensemble, l’enthousiasme le plus connivent et le plus flagorneur est de mise. Quel homme, ou plutôt quel surhomme, ce Macron ! C’est du jamais vu. On savait déjà qu’il montait les escaliers de l’Élysée quatre à quatre, mais là ! Jugez plutôt :

S’il continue à ce rythme (…), la totalité du programme d’Emmanuel Macron aura été exécutée en à peine deux ans.

QUELLES TRANSFORMATIONS ?

Cependant, en considérant ce que Mme Bourguignon fait entrer dans son volet libéralisation – qui, pour elle, appartient donc au passé – et en la voyant se focaliser maintenant avec gourmandise sur le volet protection, il y a largement de quoi s’interroger sur la réalité des transformations mises en oeuvre par Emmanuel Macron et son gouvernement.

En 2012, François Hollande était arrivé facilement au pouvoir sur la promesse pas trop compliquée qu’il allait défaire tout ce que son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait fait. Ce dernier était l’homme des « cadeaux aux riches » et de la « casse du service public » ; Hollande serait donc l’ennemi irréductible du monde de la finance et le généreux promoteur d’une tranche d’impôt à 75 % pour les plus hauts revenus. De quoi plaire à la gauche la plus archaïque et à tous ceux, nombreux, qui n’aimaient pas Sarkozy.

La réalité est cependant venue mettre son grain de sable dans ces beaux projets qui se sont terminés sans gloire pour Hollande et en véritable suicide par éclatement interne pour le Parti socialiste.

POLITIQUE À LA VÉNÉZUÉLIENNE

En 2017, Emmanuel Macron a tenté quelque chose de plus subtil. Les impôts à 75 %, les hausses brutales du salaire minimum, les nationalisations de ceci ou cela, c’est de la politique à la vénézuelienne qui a fait ses preuves maléfiques aussi bien sur le plan des libertés que de la prospérité.

Nombreux sont les Français de droite, de gauche ou du centre qui partagent une sensibilité social-démocrate. Ils ne croient plus à ces vieille lunes marxistes et commencent à percevoir que notre train de vie dépend beaucoup de la vitalité de nos entreprises – pour peu qu’on ne les laisse pas se vautrer dans le pur profit. Vive la France moderne et startupeuse avec Macron !

Mais tout aussi – ou encore plus – nombreux sont les Français qui tiennent à notre modèle social qui protège et indemnise au-delà de tout ce qui se pratique dans le reste du monde développé.

Macron tenait là sa formule gagnante, le fameux balancement qui consiste à libérer les énergies et « en même temps » à protéger. On comprend qu’une telle promesse puisse plaire : on va se moderniser, on va penser printemps (oui, j’aime bien, c’est tellement com’ et creux !), on va retrouver des couleurs, mais sans trop d’effort, en douceur et sans douleur.

TOUT POUR LE SECTEUR IMPRODUCTIF

À ce stade, rappelons que la France est en tête de nombreux palmarès européens ou mondiaux qui, tous, attestent que ce n’est pas la protection qui manque chez nous. Elle est si loin de manquer qu’elle aurait même tendance à nous plomber en opérant un transfert particulièrement lourd du secteur productif au secteur improductif.

Résumé : dépenses publiques à 57 % du PIB, prélèvements obligatoires à 45 %, dette publique pas loin des 100 %. Et curieusement, croissance toujours à la traîne des autres pays (1,8 % en 2017 contre 2,4 % pour la zone euro d’après les dernières prévisions de l’UE) et taux de chômage à 9,5 % soit plus du double de celui qu’on observe chez nos voisins, lesquels sont loin de dépenser et prélever comme nous.

Je m’excuse auprès de mes lecteurs réguliers qui savent déjà tout cela. Mais comme j’ai entendu de mes propres oreilles lors d’un dîner récent que nous autres Français avons beaucoup de chance car chez nous la santé est gratuite, comme j’ai entendu à la même table un professeur de médecine déclarer que sa fierté, c’était de travailler dans un pays où l’on soigne les pauvres aussi bien que les riches sans leur demander un sou et qu’on ne verrait pas ça ailleurs, je pense qu’il n’est pas inutile de redire tout ceci.

RIEN SUR LA DÉPENSE PUBLIQUE

Qu’on me comprenne bien. Je ne conteste nullement le fait que les plus démunis reçoivent assistance. Mais la question de la forme et de l’origine de cette assistance se pose.

Et n’y aurait-il pas encore plus de fierté à se dire qu’on vit dans un pays où le nombre de pauvres et de chômeurs diminue plutôt que de s’enorgueillir d’indemniser des pauvres toujours plus nombreux ? Comment est-il possible qu’avec la redistribution particulièrement élevée que nous connaissons en France, nous ayons tant de chômeurs, tant de travailleurs pauvres et tant d’allocataires du RSA et autres minima sociaux ?

Quand on en arrive à un taux de dépenses publiques de 57 % du PIB, ce qui fait de nous les champions d’Europe, on doit se poser la question en toute lucidité et sans tabou.

Emmanuel Macron l’a posée mais il y a répondu de façon parfaitement superficielle. Lorsqu’il était ministre de l’Économie de François Hollande, il avait beau jeu de se faire remarquer en déclarant, par exemple lors de l’université d’été du MEDEF en 2015 :

La gauche a cru que la France pouvait aller mieux en travaillant moins, c’était des fausses idées.

QUELLE LIBÉRALISATION DU MARCHÉ DU TRAVAIL ?

Depuis, il est devenu Président et il a fait adopter une réforme du code du travail. A-t-il touché aux 35 heures dont nous pleurons les effets délétères depuis 20 ans ? Non. Où en est la libéralisation profonde du marché du travail ? Nulle part.

De la même façon, il a souvent fustigé les dérapages de la dépense publique et de la dette. Son budget 2018 témoigne-t-il d’une maîtrise des dépenses et des prélèvements obligatoires ? Non, tout continue à augmenter.

La Cour des comptes s’interroge sur la crédibilité de ce budget et elle a d’ailleurs signalé que pour 2017, « les mesures de freinage (…) n’auront pas empêché la dépense de croître au rythme moyen des cinq années précédentes. »

De nombreux autres exemples témoignent de la répugnance du gouvernement à laisser les acteurs économiques s’entendre eux-mêmes sur un marché libre et non faussé. Voir le « plan » Le Maire pour les entreprises ou la loi Alimentation qui n’a de cesse de vouloir fixer administrativement les prix, les « justes » prix, comme si cette notion pouvait avoir un sens en dehors de l’ajustement de l’offre et de la demande. Sans compter les nouvelles taxes et contributions qui ont fleuri ces derniers temps.

L’ÉTAT RESTE AU CENTRE DU JEU

Autrement dit, l’État reste central dans les décisions. La libéralisation n’a pas eu lieu, ou si peu, et on apprend maintenant que c’en est fini, ou presque, et qu’on peut donc passer allègrement au second volet, celui de la protection. Le mot est rassurant, mais au niveau où nous en sommes en France, il ne peut signifier qu’une chose : encore plus de dépenses, encore plus de prélèvements, pour fort peu de résultats.

Finalement, la formule électorale du « en même temps » de Macron est vouée à n’obtenir guère plus que les errements de François Hollande. C’est désolant, car si ce dernier bénéficiait d’un « alignement des planètes » favorable pour faire des réformes structurelles sérieuses (taux, pétrole et dollar bas), Macron dispose depuis son élection d’une fenêtre similaire à laquelle s’ajoute une reprise de la croissance mondiale.

Ce serait le bon moment pour restructurer la France avant qu’un coup d’arrêt, par hausse des taux d’intérêt par exemple, ne survienne. Malheureusement, quand les affaires reprennent, on ne voit plus la nécessité de faire des réformes. Les bons résultats seront largement dus à des éléments exogènes, mais il sera toujours possible de se les attribuer.

Quand la culture économique des Français est telle que certains, pas les moins éduqués pourtant, arrivent à dire sans rire que la médecine est gratuite en France, cela ne devrait poser aucun problème et conforter tout le monde dans l’idée qu’on a bien assez libéralisé comme ça.

 
 
 
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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 13:55

Muriel Pénicaud vient de proposer une réforme de l’apprentissage qui, sans être la révolution qu’on attendait apporte des avancées importantes dans le sens d’une « politique de l’offre ».

 

Muriel Pénicaud vient de proposer une réforme de l’apprentissage qui, sans être la révolution qu’on attendait (fusionnant l’apprentissage et la professionnalisation, par exemple), apporte des avancées importantes dans le sens d’une « politique de l’offre ». Ces avancées méritent donc d’être soulignées (et décryptées) dans un pays où l’apprentissage est, depuis le passage de la gauche au pouvoir, une zone sinistrée.

La France de 2018 compte à peine plus de 400.000 apprentis, soit moins qu’en 2008. Ce chiffre en dit long sur la régression que le quinquennat Hollande a produit sur cette filière qui contribue efficacement à la lutte contre le chômage. En Allemagne, les apprentis sont près de quatre fois plus nombreux qu’en France. On mesure bien ici la différence dans les modèles d’éducation de chaque pays.

BAISSE DE L’APPRENTISSAGE : LES RÉGIONS EN CAUSE

Il faudra un jour prendre le temps d’analyser les différentes raisons pour lesquelles l’apprentissage est devenu, en France, un tel désastre. En particulier, il faudrait documenter la corrélation entre l’offre d’enseignants et la décision d’ouvrir des centres d’apprentissage (prise par les régions).

Tout laisse à penser aujourd’hui que la régionalisation de l’alternance a conduit à organiser les filières, non d’après les besoins de l’économie ou d’après le marché de l’emploi, mais d’après le stock d’enseignants disponibles. C’est d’ailleurs pour cette raison que la ministre Pénicaud supprime le monopole d’ouverture des centres d’apprentissage, et autorise les branches à ouvrir les leurs de façon libre.

Une fois de plus, les méfaits de la décentralisation, peu visibles ou peu mis en avant, ont des impacts profonds sur le marché de l’emploi en France.

LA FIN DES RÉGLEMENTATIONS TÂTILLONNES

Comble du paradoxe, selon un tropisme typiquement français, une réglementation « protectrice » a singulièrement compliqué le développement de l’apprentissage. Le ministère du Travail et le législateur ont largement répandu le mythe selon lequel il fallait protéger les apprentis contre les employeurs qui les formaient. D’où une multitude de règles idiotes interdisant aux apprentis d’assurer les mêmes postes de travail que leurs maîtres d’apprentissage (limites au temps de travail, aux postes de travail, etc.)

Muriel Pénicaud consent à revenir sur ces absurdités, dont l’une empêchait notamment l’employeur de rompre le contrat d’un apprenti. Désormais, le droit applicable aux apprentis se rapprochera de celui applicable aux salariés. Cette évolution paraît de bon sens.

En particulier, le recours aux prudhommes ne sera plus nécessaire pour rompre le contrat d’un apprenti après la fin de la période d’essai.

UN PREMIER DOIGT DANS LA QUESTION DU FINANCEMENT

Pour le grand public, ces questions sont mystérieuses. Mais on retiendra que, sans régler les questions de l’opacité liées au financement de l’apprentissage, les propositions de Muriel Pénicaud apportent un peu d’ordre dans le dispositif.

En particulier, le projet Pénicaud permettrait de transformer l’incompréhensible taxe d’apprentissage en contribution alternance équivalant à 0,85% de la masse salariale. Cette contribution reviendrait intégralement aux centres de formations alors que l’actuelle taxe perd au moins la moitié de son produit dans des chemins buissonniers.

Pour le coup, l’initiative mérite d’être saluée. Elle est ambitieuse, elle est bienvenue, elle est nécessaire.

LA COMPLEXITÉ PAS ENCORE VAINCUE

Cela dit, la ministre a pris de bonnes mesures, mais elle n’a pas encore entamé la révolution qui règlera la difficulté systémique de l’alternance en France. Celle-ci reste obscurément divisée entre professionnalisation et apprentissage.

Peu de gens, et en particulier peu d’employeurs, seraient en capacité d’expliquer les différences entre les deux dispositifs. D’emblée, la ministre avait expliqué qu’elle ne toucherait pas à ce sujet. Il n’est pas impossible que ce choix initial lui ait permis de mieux réformer le reste.

Il n’en reste pas moins que l’alternance en France demeure un sujet compliqué et que le grand coup de pied de l’âne dans la fourmilière bureaucratique n’est pas encore arrivé.

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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 11:55
Depuis le 1er Février 2018, après 52 années de travail, voilà…  je suis à la retraite. Que dire… si ce n’est que faire part de mon étonnement, de mes interrogations  que ce soit pour le calcul du montant de la pension retraite, de la prise en compte des enfants, des taux des prélèvements, de la CSG, etc.

De fait, j’ai décidé de me pencher sérieusement sur le sujet de la Retraite. Et, figurez vous que cela tombe bien les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites de ce mercredi qui portent sur la mise en place d’un système par points s’ouvrent sous de sombres auspices.

 

Le système français de retraites semble être à bout de souffle. Les polémiques qui surviennent sur l’ampleur des dégâts causés par la hausse de la CSG devraient être nourries par les prochains versements en début de mois de février. Elles illustrent la difficulté de réformer un système insoutenable, et incompris par ses bénéficiaires. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites de ce mercredi sur la mise en place d’un système par points s’ouvrent donc sous de sombres auspices. Comme le montrent les chiffres de l’OCDE , l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter depuis 1970. Cette année-là, un retraité français pouvait espérer vivre près de 17 ans (soit un peu moins qu’aux États-Unis et au Canada). En près de cinquante ans, l’espérance de vie à 65 ans en France a gagné pratiquement 7 ans, plaçant la France derrière le Japon, mais très loin devant les États-Unis.

On mesure immédiatement l’impact de ce progrès pour le système de retraites : avec une dépense mensuelle moyenne de près de 1.400 euros, le retraité français perçoit une rente majorée de près de 120.000 euros par rapport à 1970. Compte non tenu de la baisse démographique, cette évolution constitue donc un défi majeur pour le financement des retraites.

L’ÉVOLUTION DU SYSTÈME FRANÇAIS DE RETRAITES N’A PAS ÉTÉ EXPLIQUÉE AUX FRANÇAIS

Combien de retraités sont conscients de l’impact financier produit par l’augmentation de l’espérance de vie à 65 ans, obtenue souvent au prix d’une médicalisation forte et coûteuse ? Beaucoup de Français sont convaincus que les cotisations qu’ils ont versées durant leur carrière professionnelle ont servi à financer leur retraite d’aujourd’hui.

L’opacité du système de Sécurité sociale contribue largement à brouiller les pistes et à nourrir l’illusion que les cotisations d’antan financent la rente d’aujourd’hui. Bien évidemment, cette amnésie est commode, si l’on se souvient que, pour le seul régime général, les cotisations ont doublé depuis 1970.

Ce rappel n’inclut pas la création de la CSG, de la CRDS, la fiscalisation du FSV. Toutes ces contributions nouvelles, en hausse constante ces dernières années, renchérissent fortement le coût des retraites actuelles. Or, ceux qui bénéficient de ces retraites coûteuses ont moins cotisé à leur époque…

D’où l’idée fausse selon laquelle la hausse de la CSG contrarierait la solidarité intergénérationnelle. En réalité, elle compense une redistribution inégalitaire des richesses aujourd’hui. Mais la légende est tenace, et suscite d’importantes haines dans la population… des retraités.

MACRON PARVIENDRA-T-IL À RÉFORMER UN SYSTÈME À BOUT DE SOUFFLE ?

Face au krach annoncé d’un système épuisé par sa rigidité et ses règles de calcul trop favorables, Emmanuel Macron tente une immense tenaille pour transformer le dispositif français en système par points ou notionnel. L’enjeu est majeur… et compliqué, car on voit mal comment passer de manière fluide d’un système à l’autre. Il faut en effet expliquer aux actifs qui financent les retraites actuelles qu’ils ne bénéficieront pas du même dispositif…

Imaginer la transition d’un système à l’autre est précisément l’objet des cogitations du Conseil d’Orientation des Retraites de mercredi. Plusieurs scénarios doivent être examinés pour savoir comment passer de notre toxique retraite par répartition à rente connue à un système notionnel tel que l’a promis Emmanuel Macron durant sa campagne.

Depuis un système de double affiliation jusqu’aux affiliations cadencées dans le temps, le COR doit trouver la solution qui rassurera et qui sera praticable. L’enjeu consiste en particulier à reconstituer les droits acquis dans l’ancien système, pour éviter des cotisations inutiles…

Ce dossier technique et ingrat méritera d’être suivi de très près, dans la mesure où il augure d’une nouvelle structuration profonde de la solidarité en France. Rien n’exclut qu’il donne lieu à une véritable réforme…

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 17:52

Quand… Retraités, chômeurs, inactifs doivent trembler !!! Car, pour Bruno Le Maire le travail doit payer...

Bruno Le Maire était avant hier sur France Inter. Ce qu’il a dit était fort intéressant.

Je retranscris ici le dialogue que j’ai pris en notes. France Inter, fidèle à sa ligne éditoriale qui consiste à faire du « pauvrisme », est donc allé nous sélectionner deux exemples de petits retraités, à la petite pension, petite pension qui vient de baisser !

Pourtant, il ne s’agit pas de savoir si c’est juste ou pas, enfin je parle pour nous, pour chacun de nous à titre individuel, mais de bien comprendre quelle est la nouvelle donne pour s’y préparer et au mieux et faire face… à la faillite larvée de la France, car c’est de cela dont on parle.

Les déclarations de Le Maire

Les deux auditeurs. 

« Je m’appelle Agnès, je suis retraitée et je viens d’être ponctionnée de 50 euros sur ma pension du mois de janvier. Je refuse d’entendre à nouveau des couplets culpabilisant sur la solidarité alors que cette somme, elle va aller augmenter le pouvoir d’achat de gens qui gagnent plus que moi, 4 ou 5 fois. Je vais devoir renoncer à des travaux de débroussaillage dans mon jardin. »

« Jacques, un petit peu pareil, c’est mon pouvoir d’achat aussi, 626 euros 15, elle vient de tomber à 614,65 et j’ai l’impression qu’il y a un petit peu manque. »

Bruno Le Maire.

« Je voudrais faire plusieurs réponses.

La 1re c’est pour éviter tout malentendu sur la façon dont nous considérons les personnes retraitées, ceux qui ne travaillent plus, il n’y a d’insultes faites à personne et il y a de la considération pour tout le monde y compris ceux qui touchent leur retraite.

Il y a un choix politique qui a été fait et que j’assume complètement. Qui me paraît un bon choix pour la nation française qui est de dire que ceux qui travaillent doivent avoir une meilleure rémunération, et là où j’ai un point de désaccord avec Agnès c’est quand elle nous dit que cela va augmenter le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent et qui gagnent 5 ou 6 fois plus que ce que peuvent gagner des retraités.

Ça n’est pas vrai.

Le SMIC, aujourd’hui, c’est 1 184 euros net par mois. Ça ne fait pas lourd quand il faut payer son logement, son loyer, ses courses, ou l’habillement de ses enfants. Ce n’est pas illégitime que l’on dise à tous ceux qui ont ce niveau de rémunération vous allez gagner un peu plus, grâce effectivement à l’aide des retraités.

Donc c’est un vrai geste de solidarité à l’égard de ceux qui travaillent. Et je comprends parfaitement les inquiétudes, parfois la colère de certains qui nous disent on nous prend 10 euros, on nous prend 20 euros, mais ce n’est pas de l’argent jeté par les fenêtres, ce n’est pas pour alimenter les caisses de l’État puisqu’au contraire, nous réduisons les dépenses publiques. »

Demorand, le journaliste présentateur. 

« Vous comprenez que les auditeurs puissent penser ça comme une injustice. »

Bruno Le Maire.

« Je le comprends parfaitement, je dis simplement que c’est juste d’aider ceux qui travaillent et qui ont des salaires modestes à vivre mieux de leur travail.

Une réponse aussi puisque Agnès parlait des aides à la personne. Je rappelle aussi que nous avons fait un soutien très important sur les aides à la personne : nous avons mis en place un crédit pour l’emploi à domicile. Si pas d’impôt, alors on reçoit un chèque du Trésor public.

Nous allons garder le cap pour que le travail soit payé. »

Les couinements de ceux qui dépendent de la dépense publique !!

« Mais j’y ai droit, j’ai cotisé toute ma vie ! » C’est ce que j’entends le plus chez les retraités. Hélas, les promesses n’engagent que ceux qui y croient et certes, ils ont cotisé toute leur vie, mais ces fonds-là ont déjà été dépensés par d’autres retraités avant eux. Les caisses sont vides. Toutes. Celle de la Sécu, de la branche vieillesse, de l’État, ou des collectivités locales. Le déficit officiel est de 68 milliards d’euros. En réalité, il est au moins du double si l’on prend toutes les dépenses en considération.

La France est exsangue, et nous sommes arrivés à un stade où effectivement le travail ne paye pas plus que l’inactivité. Le problème c’est qu’il n’y a plus d’argent.

On peut couiner, hurler, c’est ainsi.

On peut pinailler sur le “yaka” augmenter les impôts et faire payer les “zautres”, les “zautres” s’en vont se faire taxer ailleurs, dans un monde libre et ouvert. Ces mêmes auditeurs bêlent sur l’Europe de la paix qui organise le dumping fiscal ou social. N’oubliez pas cette phrase remarquable : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Les plus fragiles, face à une telle situation, sont évidemment tous les bénéficiaires de la dépense publique. Cela va des fonctionnaires (qui travaillent mais dépendent de fonds publics) aux retraités, en passant par nos bénéficiaires des minimas sociaux.

Dans tous les cas, il y a une logique dans ce que dit le gouvernement.

Oui, il est logique que le travail rapporte plus que l’inactivité même si c’est une réalité oubliée et choquante parce qu’oubliée !!

Pourtant, c’est mathématiquement logique, à défaut d’être économiquement compris. Soit Pierre, Paul et Jacques. Pierre et Paul sont au SMIC et gagnent 1000 euros chacun soit 2 000 euros à eux deux. Ils doivent financer la retraite de 3 000 euros de Jacques… Est-ce que vous voyez mathématiquement parlant le problème ? Eh bien à peu de choses près, le problème des retraites est sensiblement le même. Baisser que les pensions des riches ne suffira pas.

Il faudra toutes les baisser, et n’oubliez pas cette autre phrase remarquable : “Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent.” Ce n’est certes pas réjouissant.

Après, dans les deux cas, ces retraités ont été ponctionnés par l’effet de l’augmentation de 1,7 % de la CSG et il eut été humainement préférable de n’appliquer cette augmentation de la CSG qu’à partir d’une pension par exemple de 1 200 euros par mois, équivalente au SMIC.

Mais il y a un grand principe légal. Nous sommes tous égaux devant la loi, alors c’est le même taux de CSG pour tout le monde ! C’est ce qui, techniquement, explique ces baisses, qui n’ont en aucun cas ému notre ministre de l’Économie.

Vous devez donc bien comprendre que l’État-providence va se réduire comme peau de chagrin et les aides sociales au sens large aussi. Ce sera progressif comme pour les APL, mais ce sera un mouvement bien réel et tous les ans, vous serez encore un peu plus « réduits ».

Prenez en compte cette nouvelle réalité. Le travail doit payer !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

 
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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 16:55
Réforme du Bac : le pédagogisme entériné et défendu par le rapport Mathiot va finir de détruire une école qui prend l’eau de toute part.

 

Pierre Mathiot a remis au ministre de l’Éducation nationale son rapport sur la réforme du bac et du lycée. Le ministre devrait annoncer sa réforme le 14 février, afin qu’elle entre en vigueur dès la rentrée 2018.

Ce rapport consacre la victoire du pédagogisme et tout laisse à penser que le ministre le suivra. Ce n’est pas la réforme Blanquer a proprement dit. Toute autre personne qui aurait été ministre à la place de Jean-Michel Blanquer aurait proposé peu ou prou la même réforme.

Najat Vallaud-Belkacem voulait elle aussi réformer le lycée, après le collège, et les pistes qu’elle avait évoquées recouvraient celles annoncées par le rapport Mathiot. Les idées énoncées étaient en cours depuis longtemps dans les couloirs de l’Éducation nationale. Cela démontre que le ministre, quel qu’il soit, n’a pas de réel pouvoir sur l’état profond de l’Éducation nationale.

La dernière grande réforme du lycée date de la rentrée 2011 (Seconde) et sa mise en place a pris fin à la rentrée 2013 (avec les Terminales). Cinq ans plus tard, et alors que cette réforme est à peine digérée, une autre est proposée. On peut d’ores et déjà parier que celui qui sera à la tête du ministère dans cinq ans proposera lui aussi « un nouveau lycée ».

TOUT CHANGER POUR NE RIEN CHANGER

Le but de la mission Mathiot était de proposer des pistes de réformes pour le baccalauréat. Mais toucher au bac implique nécessairement de toucher au lycée. Ce que dénonçait déjà Frédéric Bastiat : celui qui contrôle l’examen terminal contrôle l’enseignement qui y conduit. Or, où est le problème ?

Dans le fait que l’université n’a toujours pas le droit de sélectionner à son entrée et que, de ce fait, seuls 30% des étudiants passent de la L1 à la L2. Alain Devaquet, décédé cette semaine, avait tenté d’autoriser les universités à sélectionner. C’était en 1986.

Sur Twitter, Jean-Michel Blanquer a eu un hommage pour le moins étrange : « Lire ou relire L’Amibe et l’étudiant. Alain Devaquet était un grand universitaire et un honnête homme à la recherche de l’intérêt général ». Pas un mot sur sa réforme, alors que Valérie Pécresse et Luc Chatel l’ont défendue : « Il défendit trop tôt une réforme qui aurait changé le visage de l’université française » et « Hommage à Alain Devaquet qui avait eu raison trop tôt. Fier a posteriori d’avoir soutenu son projet de réforme de l’université en 1986… ».

 

À partir du moment où le gouvernement refuse que les universités puissent sélectionner à l’entrée de la L1, toute réforme du bac, donc du lycée, ne peut que manquer son but.

On va donc changer le lycée pour donner l’illusion d’avoir fait une réforme alors que le problème de fond, l’autonomie des universités, n’est pas tranché. La réforme de 2007 portée par François Fillon et Valérie Pécresse va dans ce sens, mais depuis dix ans plus rien n’a été fait et, visiblement, ce gouvernement ne semble pas intéressé à faire quelque chose.

LES GRANDES LIGNES DU RAPPORT MATHIOT

Le rapport propose de supprimer les séries générales (L, ES, S) pour les remplacer par des mineures et des majeures : neuf majeures au total dont lettres-langues, sciences économiques-histoire, mathématiques-physique, etc. On voit bien ici que c’est supprimer les séries pour les recréer sous une autre forme. C’est revenir aux anciennes dénominations du bac : A, B, C, D… Comme pour le passage d’APB à Parcoursup, on repeint la forme, mais on ne change pas le fond.

Les vrais changements interviennent dans l’organisation du cours : des semestres plutôt que des trimestres, comme à l’université. Des majeures et des mineures. Avec 15h pour six matières dans le tronc commun, cela représente 2h30 par matière. Il faudra donc compléter par les mineures, mais sur quelle base ?

Les disciplines sont fusionnées pour donner un ensemble informe : physique-sciences de la vie et de la terre, mathématiques-informatiques, lettres-langues. Le but non avoué est de pallier les difficultés de recrutement. Des professeurs d’informatique pourront ainsi enseigner les mathématiques et des biologistes faire des cours de physique. C’est là que le pédagogisme s’introduit de façon massive au lycée.

Cela va induire des niveaux de classe très disparates, avec des professeurs qui maîtrisent plus ou moins la discipline allouée. La seule solution sera donc d’appliquer la classe inversée, largement promue par les textes officiels et les inspecteurs.

Dans la classe inversée, l’élève construit son savoir, va chercher ses informations, perd son temps sur l’ordinateur et les sites de ressources en ligne. La classe inversée est le nouveau nom du pédagogisme. C’est la mort du professeur qui devient, selon les termes officiels, un « enseignant-leader-manager guide, qui coache, manage et anime des communautés d’apprentissage ».

On retrouve là les méthodes typiques de l’Éducation nationale : agir par la contrainte et la violence et ne laisser aucune liberté aux professeurs. Le rapport parle toutefois d’autonomie régulée, qui est à la liberté scolaire ce que les démocraties populaires étaient à la liberté politique.

LA RÉFORME DU BAC : LE GRAND SAUT

Pour le bac, il reste deux épreuves de français en Première. Mais, en Terminale, quatre épreuves finales : philosophie et un oral en juin, et deux épreuves écrites sur les majeures en avril. Cette dernière proposition est typique d’une personne qui n’a jamais mis les pieds dans une classe, illustration parfaite du pédagogisme.

Le rapport Mathiot souhaite qu’il y ait deux épreuves en avril pour que les notes soient inscrites dans Parcoursup. À quoi bon puisque les universités ne peuvent pas sélectionner ? Quant aux prépas et aux filières sélectives, elles ont déjà fait leurs choix en mars, sur la base des notes de Première et de Terminale.

Surtout, si les épreuves ont lieu en avril, cela signifie qu’il faut avoir terminé le programme en avril. Belle contradiction pour un ministère qui voulait reconquérir le mois de juin ! Et si le programme est terminé en avril, que fait-on entre avril et juin ? Il est difficile de croire que les élèves viendront en cours.

Autre incohérence : le vrai faux contrôle continu. Il est proposé un contrôle continu pour les épreuves qui ne sont pas passées en contrôle final. On entend déjà les cris effrayés de ceux qui vont dire que cela crée des inégalités entre les établissements. C’est déjà le cas puisque les filières sélectives recrutent sur les bulletins scolaires.

Qui croit encore que tous les établissements se valent ? Sûrement pas les ministres de l’Éducation nationale qui tous, sans exception, ont inscrit leurs enfants dans des écoles privées. Pour éviter les critiques sur le contrôle continu, le rapport Mathiot propose d’organiser des partiels lors de semaines banalisées, avec des sujets nationaux et des corrections anonymes.

Une vraie usine à gaz ! Cela signifie que les professeurs devront tous aller au même rythme pour être exactement au même point du programme lors de ces partiels. Le ministre nous annonçait plus de liberté et d’autonomie, nous avons plus de rigidité et de contraintes.

La nouveauté du bac est le passage d’un oral de trente minutes, sur le modèle des TPE (Travaux personnels encadrés). C’est une épreuve floue, probablement aussi utile et intéressante que le sont les TPE. Si vous voulez savoir ce que sont les TPE, interrogez des élèves qui les ont passés et observez leur réaction ; vous ne serez pas déçu.

Il est proposé que le jury soit composé de trois personnes : deux professeurs et une personne extérieure à l’Éducation nationale. Ces personnes invitées vont ainsi découvrir la supercherie de ces épreuves et elles risquent d’être surprises. Je fais le pari que la préparation de l’oral sera faite après les épreuves écrites d’avril, afin d’occuper les lycéens. Plus que jamais, le métier de professeur est transformé en grande nurserie.

DIMINUER LE NOMBRE DE PROFESSEURS POUR SAUVER LE RADEAU

Le point le plus intéressant figure dans les non-dits. Le rapport Mathiot entérine une baisse des horaires de 2 à 3 heures par semaine, ce qui représente une suppression de 20 000 postes d’enseignants. Le passage à la semestrialisation va obliger à annualiser le temps de travail, donc à faire travailler davantage les professeurs, pour un salaire équivalent.

Cette suppression des postes est essentielle, car l’Éducation nationale n’arrive plus à recruter. C’est donc une manière habile d’apporter une rustine sur l’hémorragie de professeurs et de tenter de combler les trous. Cela marchera quelques années, mais ils n’y arriveront pas. Devoir travailler plus en étant payé moins va réduire l’attractivité d’un métier déjà disqualifié, et donc accroître le manque de professeurs.

Jean-Michel Blanquer a proposé de recruter les professeurs dès la licence, en leur faisant faire leur master au sein de l’Éducation nationale. C’est une tentative désespérée pour attirer des personnels. Mais les gens qui viendront seront encore moins formés et moins compétents que leurs prédécesseurs : le niveau ne risque pas de monter.

Le pédagogisme entériné et défendu par le rapport Mathiot va finir de détruire une école qui prend l’eau de toute part. Le choix de modules que les élèves pourront choisir tous les six mois va émietter et désagréger les savoirs. Les cours vont se réduire à de courtes séquences de travail en groupe, avec un étudiant sorti de licence chargé d’animer la classe, conformément aux préconisations de certains textes officiels.

Seule l’acquisition de compétences sera contrôlée, en des termes tellement flous que tous les élèves pourront les acquérir. Fini donc la baisse du niveau, les redoublements et les échecs. On pourra présenter un beau tableau, quand la réalité sera désastreuse.

CE QU’IL FAUT FAIRE

Que faut-il faire alors ? Autoriser les universités à sélectionner, supprimer le monopole de la collation des grades, devenu obsolète avec les accords de Bologne et supprimer le baccalauréat.C’est-à-dire libérer l’école. Non pas une autonomie régulée, mais une complète et totale liberté scolaire.

Ensuite, établir le chèque éducation pour favoriser la création d’écoles libres et indépendantes. De toute façon, compte tenu de ses grandes difficultés à recruter, l’Éducation nationale n’en a plus que pour quelques années à vivre, et le rapport Mathiot ne fait rien pour enrayer la chute. C’est la seule bonne nouvelle de ce rapport.

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