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  • : Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 11:55
Depuis le 1er Février 2018, après 52 années de travail, voilà…  je suis à la retraite. Que dire… si ce n’est que faire part de mon étonnement, de mes interrogations  que ce soit pour le calcul du montant de la pension retraite, de la prise en compte des enfants, des taux des prélèvements, de la CSG, etc.

De fait, j’ai décidé de me pencher sérieusement sur le sujet de la Retraite. Et, figurez vous que cela tombe bien les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites de ce mercredi qui portent sur la mise en place d’un système par points s’ouvrent sous de sombres auspices.

 

Le système français de retraites semble être à bout de souffle. Les polémiques qui surviennent sur l’ampleur des dégâts causés par la hausse de la CSG devraient être nourries par les prochains versements en début de mois de février. Elles illustrent la difficulté de réformer un système insoutenable, et incompris par ses bénéficiaires. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites de ce mercredi sur la mise en place d’un système par points s’ouvrent donc sous de sombres auspices. Comme le montrent les chiffres de l’OCDE , l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter depuis 1970. Cette année-là, un retraité français pouvait espérer vivre près de 17 ans (soit un peu moins qu’aux États-Unis et au Canada). En près de cinquante ans, l’espérance de vie à 65 ans en France a gagné pratiquement 7 ans, plaçant la France derrière le Japon, mais très loin devant les États-Unis.

On mesure immédiatement l’impact de ce progrès pour le système de retraites : avec une dépense mensuelle moyenne de près de 1.400 euros, le retraité français perçoit une rente majorée de près de 120.000 euros par rapport à 1970. Compte non tenu de la baisse démographique, cette évolution constitue donc un défi majeur pour le financement des retraites.

L’ÉVOLUTION DU SYSTÈME FRANÇAIS DE RETRAITES N’A PAS ÉTÉ EXPLIQUÉE AUX FRANÇAIS

Combien de retraités sont conscients de l’impact financier produit par l’augmentation de l’espérance de vie à 65 ans, obtenue souvent au prix d’une médicalisation forte et coûteuse ? Beaucoup de Français sont convaincus que les cotisations qu’ils ont versées durant leur carrière professionnelle ont servi à financer leur retraite d’aujourd’hui.

L’opacité du système de Sécurité sociale contribue largement à brouiller les pistes et à nourrir l’illusion que les cotisations d’antan financent la rente d’aujourd’hui. Bien évidemment, cette amnésie est commode, si l’on se souvient que, pour le seul régime général, les cotisations ont doublé depuis 1970.

Ce rappel n’inclut pas la création de la CSG, de la CRDS, la fiscalisation du FSV. Toutes ces contributions nouvelles, en hausse constante ces dernières années, renchérissent fortement le coût des retraites actuelles. Or, ceux qui bénéficient de ces retraites coûteuses ont moins cotisé à leur époque…

D’où l’idée fausse selon laquelle la hausse de la CSG contrarierait la solidarité intergénérationnelle. En réalité, elle compense une redistribution inégalitaire des richesses aujourd’hui. Mais la légende est tenace, et suscite d’importantes haines dans la population… des retraités.

MACRON PARVIENDRA-T-IL À RÉFORMER UN SYSTÈME À BOUT DE SOUFFLE ?

Face au krach annoncé d’un système épuisé par sa rigidité et ses règles de calcul trop favorables, Emmanuel Macron tente une immense tenaille pour transformer le dispositif français en système par points ou notionnel. L’enjeu est majeur… et compliqué, car on voit mal comment passer de manière fluide d’un système à l’autre. Il faut en effet expliquer aux actifs qui financent les retraites actuelles qu’ils ne bénéficieront pas du même dispositif…

Imaginer la transition d’un système à l’autre est précisément l’objet des cogitations du Conseil d’Orientation des Retraites de mercredi. Plusieurs scénarios doivent être examinés pour savoir comment passer de notre toxique retraite par répartition à rente connue à un système notionnel tel que l’a promis Emmanuel Macron durant sa campagne.

Depuis un système de double affiliation jusqu’aux affiliations cadencées dans le temps, le COR doit trouver la solution qui rassurera et qui sera praticable. L’enjeu consiste en particulier à reconstituer les droits acquis dans l’ancien système, pour éviter des cotisations inutiles…

Ce dossier technique et ingrat méritera d’être suivi de très près, dans la mesure où il augure d’une nouvelle structuration profonde de la solidarité en France. Rien n’exclut qu’il donne lieu à une véritable réforme…

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 10:38
 

La CSG est un impôt simple qu’Emmanuel Macron s’apprête à compliquer.

Ni droite, ni gauche En marche fiscale souhaite augmenter la CSG de 1,7 point. Pour se démarquer d’En marche, François Baroin, désormais représentant des Républicains, critique cette mesure.

Les contribuables atterrés constatent que l’attelage « charrue devant les bœufs » est le système préféré des politiciens français qui – faute d’idées – tentent ainsi de galvaniser un électorat passablement décapé par l’impôt.

Je dis « charrue devant les bœufs » car autant nous aimons discuter de façon tatillonne des impôts, autant nous n’aimons pas discuter de ce qu’ils financent, à savoir les dépenses publiques.

TOUJOURS PLUS D’IMPÔTS, AVANT DE DISCUTER DE LA DIMINUTION DES DÉPENSES

Dans un pays où 57% de l’activité est sous l’emprise de l’État, il semblerait plus judicieux de discuter de la diminution des dépenses plutôt que de savoir comment organiser les recettes (qui de toute façon sont insuffisantes et c’est pour cela qu’il y a en plus un déficit).

Pour une fois, dans cette chronique, moi aussi, je vais pratiquer l’attelage inversé et ne pas vous parler de capitalisme de copinage, de subventions-taxations-perversions, des gâchis d’argent public, d’investissements… mais d’impôt.

En préambule : je suis incroyante. Je ne souscris pas au miracle de Saint Fisc.

Je vous rappelle le principe du miracle de Saint Fisc :

 

L’argent privé corrompt, l’argent public soulage. C’est pourtant rigoureusement le même, mais qui s’est transformé en se bonifiant par le miracle de Saint Fisc.

L’argent public est propre car il est collecté par des fonctionnaires au-dessus de tout soupçon et réparti pour le « bien public » par des politiciens qui ne veulent que le bonheur de leurs électeurs, c’est-à-dire le peuple.

Si comme moi, vous êtes mécréant, vous pouvez choisir. Soit vous estimez que l’impôt n’est qu’une forme de vol légal et vous vous y opposez. Vous acceptez la prison. Ou bien vous achetez une île déserte ; vous commettez des actes terroristes sur le continent pour réclamer votre indépendance ; une fois cette indépendance obtenue, vous vivez selon vos principes en repoussant fermement un éventuel abordage des croyants de Saint Fisc sur vos côtes.

Soit vous estimez que limpôt nest quune forme de vol mais que ce vol est – comme la mort – inéluctable car vous souhaitez conserver des rapports dits sociaux avec les autres bipèdes.

LA CSG, CE MERVEILLEUX IMPÔT QUI RAPPORTE

Dans ce cas, la CSG qui s’appelle « Contribution Sociale Généralisée » est un merveilleux impôt qui mérite bien son adjectif. Cet impôt rapporte 20 Mds€ de plus que l’impôt sur le revenu, lequel n’est payé que par 45% des contribuables et atteint rapidement des taux confiscatoires de 45%.

Les trois merveilleuses qualités de la CSG :

  • Universelle, elle s’applique à tous et à tout (salaires, primes, indemnités, pensions, allocations de chômage, revenus fonciers, revenus mobiliers…).
  • Simple, pas de seuil, pas de déduction, pas de dérogation, pas de passe-droit.
  • Taux unique de 7,5%.

Certes, on peut lui trouver un défaut : prélevé à la source, cet impôt devient indolore. C’est comme si un pickpocket vous faisait les poches, à vous et à tous les occupants d’un wagon. Pas de stress, pas de douleur et le partage d’un mauvais traitement le rend plus supportable. Avec l’impôt sur le revenu, un racketteur vous met un rasoir sous la gorge pour vous demander votre portefeuille tandis que les autres occupants du wagon – à qui on ne demande rien – font mine d’être très absorbés par leur journal.

L’idéal serait une CSG déclarative : chacun constaterait ainsi l’effort de l’impôt et que rien n’est gratuit. Mais arrêtons de rêver.

EN MARCHE VERS LA COMPLICATION

Emmanuel Macron souhaiterait à nouveau tout compliquer et pratiquer 9,2% pour les revenus d’activité, 9,9% pour les revenus de placement et 8,3% pour les revenus de retraite.

Parallèlement, il offre quelques gâteries aux salariés sous forme d’allègement de cotisations sociales. Si bien que le résultat serait plutôt positif pour cette catégorie de contribuables. Certes, pas pour ceux qui ont des revenus de leur épargne, mais ce sont des « riches », donc minoritaires et les politiciens de droite comme de gauche recherchent avant tout des voix. Et évidemment, pas pour les retraités… Ça tombe bien, justement, les jeunes votent davantage pour En Marche que les vieux, plus statiques.

De ce fait, la droite se pose en défenseur des retraités plumés. Voilà un sujet de campagne capable de conduire l’électorat vers le bulletin électoral souhaité par le promoteur de chacune des variantes de la taxation.

En attendant, cela permet de ne surtout pas parler du déficit, du rôle de l’État, des économies budgétaires, des retraites, du monopole de l’assurance-maladie, des gabegies d’EDF, d’Areva, de la SNCF, des portiques écotaxes, des irresponsables-non-coupables…

Mais puisqu’il faut parler impôt, Camarade-contribuable, moi je dis : vive la CSG ! Fusionnons-la avec l’impôt sur le revenu, adoptons un taux unique et simplifions. Par pitié, surtout, simplifions.

Certains terminent de remplir leur déclaration de revenu. Vous y avez probablement gâché quelques heures de vos loisirs. En faisant votre sacrifice à Saint Fisc, pensez à mettre aussi un cierge à Sainte Rita, patronne des causes perdues.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 11:44

Le point de vue de la pluralité rappelle à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours libres d’apporter à nos institutions des changements.

Étudier la pluralité, et singulièrement son histoire, c’est d’abord apporter une contribution notable à notre connaissance de la laïcité. C’est en effet mettre en évidence la place de la pluralité et le rôle que celle-ci a joué dans la genèse même de l’idée laïque, première étape dans ce qui a été l'invention même de la laïcité Étudier la pluralité, c’est aussi montrer que, dans le contexte français, la laïcité a su assurer les meilleures conditions à une diversité des formes religieuses prise dans toute son étendue. Car la loi de 1905 fut aussi le moment de la libération des multiples expressions au sein des grandes traditions religieuses, la voie véritablement ouverte – pour la première fois en France – à ce que j’appellerai la pluralité interne.

Ce qui doit également nous rappeler combien une considération véritablement laïque des religions ne les tient pas pour des blocs homogènes, mais prend en compte la diversité des courants qui les parcourent, qui les déchirent même parfois. Sans oublier jamais que faire droit à la pluralité revient à assurer la garantie des droits égaux de celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune appartenance religieuse.

Le principe et le nombre

Le point de vue de la pluralité rappelle aussi à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours parfaitement libres d’apporter à nos institutions les changements que nous souhaitons. Mais ceci en tenant compte de l’ensemble des besoins et des effets attendus. Ce qui suppose de maintenir toute notre attention aux groupes les plus petits, ou les plus discrets. Se pose ici la grande question de l’équilibre, sur lequel il ne faut rien céder, entre principe et nombre (à ce sujet signalons la parution prochaine d’un Atlas des minorités religieuses, réalisé dans le cadre du programme Minorel)

C’est dire aussi résister à la tentation de la focalisation sur certains groupes confessionnels en particulier, et en tout premier lieu à celle qui a trop souvent cours en ce moment, concernant deux groupes entre tous : les musulmans et les catholiques.

Ce qui, dans la sphère de la recherche, implique notamment de maintenir notre effort concernant la Réforme, dont le rôle a été si décisif dans l’histoire de la modernité occidentale, mais dont on peut douter qu’elle ait trouvé toute la place qui doit lui revenir dans le paysage actuel de la recherche française.

Minorités et majorité

Ériger la pluralité religieuse en objet d’histoire au sens plein du terme, c’est encore ne pas considérer les groupes religieux dans l’histoire comme des isolats. Ces groupes sont partie prenante de contextes au sein desquels ils nouent et tissent des relations multiples. Ils participent à modeler ces contextes : on sait l’importance de la diversité religieuse dans la fondation de la République américaine. Ils y évoluent aussi et se modifient eux-mêmes en développant de multiples stratégies d’adaptation.

Ainsi, dans le cas français, le rapport entre minorités et majorité, mais aussi l’évolution d’une majorité qui, tout en restant largement majoritaire, perd sa position de religion exclusive. Un changement tout à fait radical dont on n’a peut-être pas encore mesuré tous les effets. Tout ceci alors que l’on ne saurait nier la nécessité absolue de la comparaison avec d’autres contextes, particulièrement à l’échelle nationale, pour réaliser aussi pourquoi nous avons parfois tant de mal à nous comprendre sur ces sujets entre proches voisins, d’un pays à l’autre, et particulièrement d’un bord de l’Atlantique à l’autre, entre Français et Américains

Le poids des héritages du passé

Une telle histoire de la pluralité en matière de religion est aussi une histoire des cultures et des mentalités. Ainsi, et pour ne prendre qu’un seul exemple, mais qui occupe tant les esprits et les débats, celui de la perception du port du foulard islamique, si différente notamment entre la France et les pays anglo-saxons. Mais n’est-ce pas parce qu’en France, la vie de la diversité s’est construite, n’a été rendue possible, que par ce que j’appellerai la « neutralisation » d’un espace commun qui avait d’abord été si massivement et exclusivement investi par le catholicisme ?

Il y a là, nous semble-t-il, un héritage historique qui agit sans même que nous en ayons conscience et qui rend les Français particulièrement sensibles et réticents à tout signe à forte visibilité. Un héritage dont il importe grandement de le faire comprendre aussi aux porteurs de ces signes, et aujourd’hui à celles qui portent le foulard.

À cette histoire de la pluralité, la pluridisciplinarité est absolument nécessaire, le travail conjoint avec – entre autres disciplines – le droit, la science politique, la philosophie. Entre elles, le dialogue est indispensable, mais on ne saurait prétendre qu’il soit simple et toujours facile.

La laïcité est certes d’abord du domaine du droit, un droit qu’il faut faire connaître aux citoyens, dont il faut leur apporter une connaissance débarrassée des entreprises de gauchissement et d’emprise qui sont si fortes aujourd’hui. Mais en rappelant aussi que le droit lui-même n’est pas une essence intemporelle, qu’il est le produit d’une histoire et d’une sociologie. Et que, comme le montre l’exemple précédemment cité, dans la vie du corps social le droit n’est pas tout et ne peut être seul considéré.

Un déficit de pluralisme

Enfin, cette prise au sérieux de la pluralité a aussi pour vertu de faire apparaître un certain déficit de pluralisme, au sens d’une manière de voir plurielle, dans notre culture commune, et le poids des héritages du passé dans la façon dont nous appréhendons ces questions, dans nos catégories ainsi que dans les usages institutionnels.

On peut y repérer l’empreinte, bien sûr, de la culture catholique, mais aussi celle d’un long XIXesiècle, qui – des fondations napoléoniennes à la loi de 1905 – a été celui de la naturalisation du pluralisme en France avec le système dit « des cultes reconnus » (et non pas seulement, comme on le dit encore si souvent, « le système concordataire ») ; un pluralisme réel, effectif mais limité, et surtout, entièrement soumis à la main de fer de l'état.

C’est, nous semble-t-il, en attirant l’attention sur des domaines à faible visibilité ou peu pris en compte, en interrogeant les catégories en usage, en remettant les questions en contexte que la recherche peut aussi exercer ses responsabilités à l’égard de la cité sur un sujet en ce moment si sensible et suscitant tant de préoccupations.

Avec, aussi, le devoir de résister à la demande sociale, en gardant toujours présent à l’esprit le risque, en voulant répondre trop directement aux demandes politiques, médiatiques et sociétales, de perdre de la nécessaire indépendance qui fonde la pertinence de toute recherche.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 13:55

Quand le Chômage est en baisse ? ce que disent vraiment les chiffres…et, bien plus!!!

Les chiffres du chômage sont annoncés en baisse à la satisfaction générale. Le détail des chiffres semble pourtant cacher un subterfuge électoraliste.

Les chiffres mensuels du chômage sont tombé. On nous avait dit que ça allait mieux. On nous avait aussi dit que quand la croissance était inférieure aux prévisions, c’était pas de bol. Le bol semble être revenu et ça va effectivement mieux puisque le chômage baisse en juillet. Près de 20 000 chômeurs de moins. Comment ne pas se réjouir d’une si bonne nouvelle ? Suivez le guide…

Chômage : pour aller plus loin dans les chiffres

Un petit rappel semble à ce stade indispensable. Qu’entend-on par catégorie de chômeurs ? Le très officiel site du service public nous informe :

  • Catégorie A : Personne sans emploi, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi, à la recherche d’un emploi quel que soit le type de contrat ( CDI, CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier).
  • Catégorie B : Personne ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
  • Catégorie C : Personne ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
  • Catégorie D : Personne sans emploi, qui n’est pas immédiatement disponible, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (demandeur d’emploi en formation, en maladie, etc.).
  • Catégorie E : Personne pourvue d’un emploi, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.

Autrement dit, pour tout gouvernement qui se respecte, le chômage, c’est avant tout la catégorie A, soit des personnes qui ne travaillent pas du tout. Tant que ce chiffre baisse, c’est que ça va mieux sur le front du chômage. Tenez-le vous pour dit.

Les catégories B et C représentent les personnes qui ont tellement peu travaillé qu’on ne peut même pas considérer qu’elles ont trouvé du travail. La catégorie D est réservée aux personnes en formation et en maladie pour l’essentiel. La catégorie E est enfin destinée à comptabiliser les personnes qui ont un travail, meilleur que celui des catégories B et C, mais pas suffisamment meilleur pour les sortir des statistiques.

La satisfaction du gouvernement…

Le Figaro rapporte que la désormais célèbre ministre du Travail se satisfait de la situation :

Ces résultats globaux sont bien le fruit d’une politique volontariste et ciblée. Les mesures déjà mises en œuvre (Pacte de responsabilité et de solidarité, CICE, aide Embauche PME notamment) vont continuer à stimuler la création d’emplois de qualité (nous avons enregistré le 5e trimestre consécutif de créations nettes d’emplois). L’accélération de la baisse du chômage demeure une priorité du gouvernement, tout comme la sortie de l’activité réduite vers un emploi durable à durée indéterminée, notamment pour les plus jeunes. (…) Le Plan 500.000 formations supplémentaires poursuit son déploiement et permettra aux personnes en recherche d’emploi de saisir des opportunités professionnelles dans les mois qui viennent.

… et la réalité des chiffres du chômage

Pour commencer, nous pouvons noter que le détail des variations du mois de juillet par catégorie est beaucoup moins flatteur. Le chômage total augmente. Ceux qui sont sortis de la catégorie A ont, peut-être et pour partie, trouvé un emploi stable mais ils ont aussi clairement alimenté les catégories B, C et D. Pire, le total de toutes les catégories augmente de 10 900 personnes ce qui montre qu’il y a au total de nouveaux demandeurs d’emplois.

On peut noter que, sur les derniers mois, la ministre du Travail a raison de mettre en avant son plan de formation. On peut observer une très belle anti-corrélation entre la catégorie A et la catégorie D. Les mauvais esprits (dont je fais partie) penseront qu’il s’agit là de faire baisser artificiellement les statistiques. En effet, comme on ne sait rien sur l’efficacité des formations suivies par les demandeurs d’emploi, on ne peut pas réellement parler de baisse du chômage sur la base de la baisse de la catégorie A.

Dans le même temps, les catégories B et C qui correspondent à des emplois précaires ont augmenté de près de 50 000 personnes depuis un an et de plus de 45 000 personnes depuis avril, quand ça allait mieux.

Les élections approchent

Si quelqu’un devait être surpris que les élections présidentielles arrivent si vite, ce ne serait certainement pas François Hollande. Il a passé un mandat à agiter des mesurettes pour réduire le chômage et à repousser l’horizon de son inversion de la courbe, posée en condition de sa future candidature. Patiemment, il a attendu qu’il soit enfin possible d’importer la croissance comme aux glorieux temps de Lionel Jospin. Pas de bol, ce n’est pas arrivé. Il a donc fallu, juste à temps, user du subterfuge de la formation pour faire baisser les chiffres de la catégorie A que la majorité des médias porte aux nues comme l’indicateur le plus pertinent. Les Français seront-ils dupes ?

RIEN n'est moins sûr !!!!!

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 08:37

Quand… il faut continuer à se battre pour l’Europe : 7 raisons

Si les peuples étaient informés des bienfaits que l’Union européenne leur apporte, le référendum britannique n’aurait jamais eu raison d’être. Le fait même que l’on puisse sérieusement envisager de la quitter démontre à quel point l’Europe est une belle inconnue et combien ses porte-parole sont muets ou incompétents.

Où est passé Donald Tusk ?

Où donc, par exemple, est passé Donald Tusk, “Président” en titre de l’Union depuis un an ? Cet homme d’État polonais, issu des rangs de Solidarité, libéral convaincu et qui fut un remarquable Premier ministre dans son pays, serait à même d’expliquer ce que l’Union a apporté et l’Europe de l’Est, comment elle a contribué, en quelques années, à la transition du communisme à la démocratie et au développement économique.

Soit Donald Tusk est devenu muet, soit les chefs d’État en Europe lui imposent le silence, soit les médias passent à côté de ce qui va bien en Europe pour n’en souligner que les imperfections ? Soit les trois raisons à la fois : dans ce cas, Tusk devrait démissionner ou se révolter.

Les bonnes raisons d’aimer l’Union européenne sont pourtant nombreuses et persuasives, si évidentes peut-être que chacun les considère comme acquises, alors qu’elles sont miraculeuses et fragiles. J’en citerai sept, mais cette liste n’est pas exhaustive.

Tout d’abord, la paix : a-t-on déjà oublié que l’Union est parvenue à mettre un terme, sans doute définitif, à mille ans de guerres civiles ? Grâce à la méthode dessinée initialement par Jean Monnet : créer des solidarités économiques entre Européens, de manière à entremêler leur destin. Et de fait, le commerce a réussi là où tous les diplomates avaient échoué. Cette paix par le concret a résolu la “question allemande” – deuxième raison d’aimer l’Union – dont la puissance menaçait la paix et l’ordre du continent, depuis un siècle.

Recul de la misère

Cette Union, de par la facilitation des échanges, a apporté à tous en Europe – troisième raison – un supplément de croissance, généralement estimé à 1% par an : la misère a reculé dans toutes nos nations grâce à ce supplément de croissance et à la solidarité entre les membres. Une quatrième raison, essentielle, est la stabilité monétaire qu’apportent l’Euro et les monnaies qui y sont accrochées comme le Franc suisse, et la Couronne suédoise. Grâce à l’Euro et à sa gestion indépendante par la Banque de Francfort, l’inflation, qui fut la cause de malheurs considérables, a totalement disparu : aucun gouvernement national ne peut désormais détruire notre épargne ou anéantir notre pouvoir d’achat, parce que la monnaie est au-delà de leurs manipulations.

La libre circulation des hommes et des marchandises – cinquième raison -, le droit d’étudier et de travailler où on le souhaite, enrichit nos vies personnelles et professionnelles et enrichit aussi les pays d’accueil, en y apportant des talents et de la diversité culturelle : ceci est tellement intériorisé, quoique si récent, que l’on a oublié combien l’Union européenne seule nous a conféré ces libertés nouvelles.

Les jeunes gens qui passent un week-end à Gdansk ou Barcelone, étudient à Milan et travaillent à Londres, semblent ignorer que cette liberté de choix était inconcevable il y a une génération à peine ; mais ceux-là même qui profitent le plus de l’Union, sont souvent les moins informés et les moins militants. Pour mémoire, rappelons que l’immigration des non Européens ne dépend pas de l’Union mais des nations : les Britanniques qui ont voté pour le Brexit n’en étaient apparemment pas informés. Aux cinq raisons positives d’aimer l’Europe que j’ai énoncées, j’en ajouterai deux en forme de réfutation.

La paix au moindre coût

Non, l’Europe n’est pas trop coûteuse compte tenu des avantages qu’elle procure. Pour les pays qui contribuent le plus, Allemagne, France, Grande-Bretagne jusqu’ici, la taxe est de l’ordre de 2 000 euros par an, par personne, mais dont il faut déduire ce que l’Europe restitue, en subventions à l’agriculture et aux infrastructures. La France se voit restituer les deux tiers de sa contribution, en particulier pour ses agriculteurs. Pour l’Espagne et les pays de l’Est, l’Europe est quasiment gratuite.

À l’échelle de toute l’Union, celle-ci revient à moins de mille euros par an : la paix ne les vaut-elle pas ? Pour mémoire, la Suisse et la Norvège cotisent à l’Union sans en être membres pour, en contrepartie, bénéficier de la libre circulation. Ce que feront les Britanniques après leur suicide collectif dit Brexit.

Enfin, subsiste le débat, symbolique plus que réel, sur l’identité nationale : l’Europe porterait-elle atteinte à notre identité, à notre souveraineté ? Des politiciens populistes en France, aux Pays-Bas, au Danemark, prospèrent sur cette peur entretenue mais sans fondement. D’aucune manière, l’Union européenne nous prive de nos racines, mais elle nous confère une identité supplémentaire : nous sommes devenus des Européens en sus de notre identité locale et le reste du monde nous envie pour cela. En Asie et en Amérique latine, l’Union européenne est justement perçue comme le grand succès diplomatique de l’après-guerre mondiale.

Ce qui manque à l’Union européenne ? Sans doute un mouvement intellectuel qui militerait en sa faveur et des organisations de citoyens européens pour empêcher d’autres Brexit. Nous avons bien un drapeau (inspiré, c’est peu connu, du voile de la Vierge Marie) et un hymne, l’Ode à la joie de Ludwig van Beethoven, mais que nul ne chante, parce qu’il n’a pas de paroles. Il est temps de les écrire, en Espéranto peut-être pour que nous chantions à l’unisson.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 10:25

Comme à chaque scrutin européen, les positions eurosceptiques, en l’occurrence celles des Britanniques, sont caricaturées. Contrairement aux euroscepticismes continentaux dont beaucoup prônent une sorte de repli économique et/ou identitaire (cf Le Pen, Mélenchon), une grande partie des soutiens britanniques au Brexit sont libéraux.

La plupart de ces sceptiques avouent qu’ils resteraient europhiles si l’Europe était réorientée vers un club de nations qui échangent librement, et ne prenait pas la direction d’une supra-nation sous la coupe d’un conseil (en russe : soviet…) élitiste, bureaucratique, dirigiste, non élu, et de plus en plus déconnecté des réalités vécues par une mosaïque de peuples qui n’est pas prêt de développer un sentiment de solidarité transnationales, condition indispensable – et donc non remplie- d’une intégration politique européenne étendue.

Les plus curieux pourront visionner le film #Brexit The Movie du réalisateur australien Martin Durkin, pour comprendre quels sont les ressorts du ressentiment anglais vis-à-vis de l’Union.

Autant le dire : je me reconnais pleinement dans ces reproches adressés à l’union européenne telle qu’elle évolue.

Les libéraux ne sont pas Europhobes, juste euro-exigeants

Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que j’ai voté contre le traité constitutionnel en 2005, et que j’en aurai fait de même contre le traité de Lisbonne, si nos élites apeurées par les possibles conséquences d’une rebuffade du bon peuple ne nous avaient pas soustrait à la tentation de renouveler notre censure à cette proposition liberticide.

Ce double rejet suffit à me cataloguer parmi les eurosceptiques, ce qui équivaut pratiquement à une accusation d’extrémisme dans la bouche des plus fervents euro-technocrates, comme le détestable président du parlement européen Martin Schulz, dont j’ai déjà dénoncé la dérive euro-autoritaire ici.

Pour ces gens, ou bien vous êtes favorables à l’Europe auto-confectionnée sur mesure par les élites politiques pour leur propres intérêts, ou bien vous êtes anti-européen.

Pourtant, il existe bien d’autres façons de concevoir l’Europe. L’on peut être pro-européen et ne pas être constructiviste, dirigiste, et socialiste ! On peut aimer l’idée européenne sans accepter n’importe quoi en provenance de nos élites dirigistes. Mais voyons ce qui fait débat aujourd’hui.

L’Europe de Lisbonne : sur la route de l’asservissement bureaucratique

L’Europe de Lisbonne, fille de celle de Valéry Giscard d’Estaing, dont l’empathie vis-à-vis des simples mortels n’était pas la qualité première, ne reconnaît qu’une dimension verticale dans la répartition des compétences politiques au sein de l’union : européenne, nationale, locale.

Elle ignore totalement le fait qu’un certain nombre de compétences essentielles puissent être laissées à l’appréciation soit des individus, soit des entités privées que ceux ci forment pour résoudre leurs problèmes, associations, entreprises… Bref, ce que l’on appelle la société civile. L’Europe de Lisbonne voudrait pouvoir se mêler de tout, là où l’Européen libéral voudrait qu’elle ne se mêlât que de ce que la société civile ne peut prendre en charge elle même, quelles qu’en soient les raisons.

D’autre part, l’Europe envisage de façon très curieuse le principe de subsidiarité cher aux libéraux. Outre cette ignorance de la société civile qu’elle manifeste, elle prétend que les États ne conservent leurs compétences législatives que dans la mesure où l’Union n’a pas exercé la sienne. D’où cette propension de l’Union à vouloir réglementer tout et n’importe quoi.

Pour l’anecdote, l’union a légiféré, entre milliers d’exemples, sur la taille du paquet de spaghettis ou la composition du lait vendu en grande surface, pour être certain que le consommateur trouve partout le même lait. Comme si le consommateur grec et suédois avait les mêmes demandes ! Au lieu de nous enrichir de nos différences, l’union voudrait uniformiser au motif de normaliser.

Certes, certains commissaires, conscients du problème, ont tenté de limiter cet absurdisme (le saviez-vous ? La taille du paquet de spaghettis a été déréglementée. On respire !), et on peut créditer M. Barroso d’avoir commencé un timide nettoyage des idioties les plus manifestes. Mais malgré tout, les textes européens les plus courtelinesques continuent de paraître à un rythme régulier.

L’Europe de Lisbonne, en outre, voudrait nous imposer une charte contraignante des droits de type « sociaux », c’est-à-dire garantis par les pouvoirs publics par le biais d’une imposition des contribuables, alors que cette approche a depuis longtemps prouvé qu’elle ne permettait pas d’assurer les droits en question (ex :le « droit au logement » français est une vaste farce…) et qu’elle donnait de bien moins bons résultats qu’un marché libre d’entraves pour permettre l’accès à ces prestations.

Tout cet arsenal institutionnel donne à l’Europe les moyens de se comporter comme une couche bureaucratique supplémentaire qui s’arrogera le droit de se mêler de tous les aspects de la vie des citoyens, au mépris croissant de ses libertés individuelles.

Alors beaucoup d’Anglais disent: “No Thanks !”. Les Anglais n’aiment pas la bureaucratie et ont inventé le commerce moderne. Cette évolution ultra dirigiste de l’union ne peut leur convenir.

Brexit oui, Frexit non !

À ce stade, il faut comprendre que si un #Brexit peut avoir pour les Anglais un impact positif, un #Frexit serait catastrophique pour la France. Car si les Britanniques voudraient quitter l’Europe pour débureaucratiser tout ce qui peut l’être, les politiciens français anti-européens sont anti-libéraux, anti-mondialisation, voire même anti-capitalistes.

Les Français ne peuvent négliger les apports positifs de l’Europe depuis la création du premier marché commun à 6 dans les années 1950.

Tout d’abord, la multiplication des échanges commerciaux et personnels rendus possibles par l’Europe rend nettement moins probable l’occurrence de guerres entre pays européens. Quand on connaît le prix payé par le vieux continent aux guerres qui l’ont secoué, on se dit que ce point majeur est tout sauf anecdotique, quand bien même l’on pourra discuter de l’impact d’autres facteurs dans cette pacification spectaculaire.

De surcroît, l’extension de l’union commerciale a permis de faire jouer les avantages de la division du travail, ce qui permet à chaque pays de l’Union de profiter, au moins en ce qui concerne l’agriculture et l’industrie, de ce que les autres produisent de meilleur. Cette évolution reste à compléter dans le domaine des services.

Les traités européens, et leur application sans faille par la Cour de justice de l’UE, ont permis de faire sauter bien des monopoles publics français nuisibles à la prospérité du plus grand nombre. Là encore, l’évolution vers une Europe sans monopoles limitant arbitrairement la liberté de choix des individus qui y vivent n’est pas totalement achevée. Par exemple, il n’est toujours pas possible pour nombre de citoyens français de prendre une assurance maladie au premier euro dans un autre pays de l’Union.

Mais malgré tout, le chemin parcouru vers la création d’un grand espace économique européen unifié est énorme depuis l’après guerre, pour le plus grand bénéfice de tous les Européens.

Cependant, là où certains pays ont effectué ces réformes libérales par eux mêmes, à l’intelligence, les politiciens français n’ont fait que réformer, à leurs dires, sous la pression de l’Europe, ce qui nourrit une forme d’Euroscepticisme assez différent de celui de nos voisins d’outre Manche.

Si la France devait quitter l’Europe, elle serait à nouveau livrée à ses vieux démons dirigistes colbertistes, pour son grand malheur. Car le socialisme, qu’il soit light ou Hardcore, échoue toujours, tout le temps.

Au sein de l’Europe se produit constamment, comme au sein de tout État, une lutte d’influence entre dirigisme et libéralisation, et l’État actuel de l’Europe traduit une absence de choix clair dans l’une ou l’autre de ces directions. En France, nous avons largement bénéficié du volet libéral de l’union, car sans lui, nombre de nos grands monopoles publics n’auraient peut être pas sauté. Mais nous risquons d’y perdre si l’Europe-léviathan venait à remporter son combat contre l’Europe libérale.

La tendance peut se retourner

La seule question qui peut vraiment nous tarauder est celle de la pérennité des avancées libérales passées du fait de la direction prise par l’Europe d’alors.

Or, en observant les évolutions de l’Europe au cours de son histoire récente, il me semble qu’il y a un danger réel de régression.

En effet, l’Europe, depuis les années 1980, semble avoir été en prise avec deux forces antagonistes dont on ne saurait garantir que la résultante reste d’inspiration plutôt libérale ad vitam aeternam.

En effet, si d’un côté, les différentes lois et directives votées au niveau de l’union ont effectivement permis de grands progrès dans l’élaboration d’un marché unique, d’un autre point de vue, les pouvoirs dont la bureaucratie de la commission se sont saisis semble toujours plus nombreux, et la constitution de Lisbonne consacrerait la fin de toute limite dans cette augmentation du pouvoir central européen sur les États et les individus qui y vivent.

Jusqu’ici, un « consensus technocratique plutôt libéral » a permis que les décisions les plus importantes prises par l’union renforcent le caractère libéral du vieux continent. Mais hélas, cette évolution semble plus tenir de la chance que d’une véritable solidité des racines libérales de l’Union.

L’évolution plutôt libérale de l’Europe ces quarante dernières années, tient, à mon avis, en partie à la chance. Au niveau européen, l’humeur, la tendance, étaient libérales, et ainsi l’Europe a-t-elle pu avancer dans la bonne direction. Hélas, les crises actuelles (financières, migrants), malgré leurs racines étatiques indubitables (cf.dossier « crise » de l’auteur), pourrait renverser cette tendance, et rien, dans les traités en vigueur, hormis la bonne volonté de la Cour de justice de l’union, ne pourrait empêcher, à mon avis, une évolution contraire de l’UE dans les décennies à venir.

Notre Europe : l’Europe des libertés !

Voilà pourquoi les Libéraux Européens, loin d’être les eurosceptiques que dénoncent les euro-sociolâtres, sont pro-européens, mais pour une Europe qui consacre d’abord et avant tout les libertés fondamentales des individus et l’abolition des dernières barrières intérieures, et non les possibilités pour Bruxelles ou pour les États membres de définir à la place des individus et de la société civile ce que doivent être nos choix.

Un projet européen renouvelé allant dans cette direction, celle d’une véritable “Europe des Libertés”, est nécessaire. Cela passe sans aucun doute par une révision des institutions européennes et de ses fondements législatifs. Une victoire du Brexit serait-elle de nature à provoquer une telle révision ? Voire. Les élites européennes pourraient au contraire prendre prétexte d’un tel vote pour crier au “pas assez d’Europe”, comprendre “pas assez d’Europe dirigiste”, et s’enfoncer dans le déni constructiviste.

C’est ce que laissent entendre les dernières déclarations de l’ineffable Jean-Claude Juncker, qui pense que les dirigeants des pays de l’union “tiennent trop compte de leurs électeurs”. Mais cela pourrait aussi donner le coup d’envoi à une vague de revendications anti-européennes forçant les élites européennes à faire le ménage chez les vieux euro-bureaucrates comme Juncker et à entamer un véritable travail de réflexion sur l’avenir de l’Europe. Dans ce cas, un Brexit serait salutaire bien au delà des riants paysages du Kent… Au point de pousser les Anglais à revenir !

Vincent Bernard

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 07:29

Pluralité religieuse et laïcité, un couple inséparable et vertueux

Le point de vue de la pluralité rappelle à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours libres d’apporter à nos institutions des changements.

Étudier la pluralité, et singulièrement son histoire, c’est d’abord apporter une contribution notable à notre connaissance de la laïcité. C’est en effet mettre en évidence la place de la pluralité et le rôle que celle-ci a joué dans la genèse même de l’idée laïque, première étape de ce qui a été l'invention même de la Laïcité.

Étudier la pluralité, c’est aussi montrer que, dans le contexte français, la laïcité a su assurer les meilleures conditions à une diversité des formes religieuses prise dans toute son étendue. Car la loi de 1905 fut aussi le moment de la libération des multiples expressions au sein des grandes traditions religieuses, la voie véritablement ouverte – pour la première fois en France – à ce que j’appellerai la pluralité interne.

Ce qui doit également nous rappeler combien une considération véritablement laïque des religions ne les tient pas pour des blocs homogènes, mais prend en compte la diversité des courants qui les parcourent, qui les déchirent même parfois. Sans oublier jamais que faire droit à la pluralité revient à assurer la garantie des droits égaux de celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune appartenance religieuse.

Le principe et le nombre

Le point de vue de la pluralité rappelle aussi à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours parfaitement libres d’apporter à nos institutions les changements que nous souhaitons. Mais ceci en tenant compte de l’ensemble des besoins et des effets attendus. Ce qui suppose de maintenir toute notre attention aux groupes les plus petits, ou les plus discrets. Se pose ici la grande question de l’équilibre, sur lequel il ne faut rien céder, entre principe et nombre (à ce sujet signalons la parution prochaine d’un Atlas des minorités religieuses) .

C’est dire aussi résister à la tentation de la focalisation sur certains groupes confessionnels en particulier, et en tout premier lieu à celle qui a trop souvent cours en ce moment, concernant deux groupes entre tous : les musulmans et les catholiques.

Ce qui, dans la sphère de la recherche, implique notamment de maintenir notre effort concernant la Réforme, dont le rôle a été si décisif dans l’histoire de la modernité occidentale, mais dont on peut douter qu’elle ait trouvé toute la place qui doit lui revenir dans le paysage actuel de la recherche française.

Minorités et majorité

Ériger la pluralité religieuse en objet d’histoire au sens plein du terme, c’est encore ne pas considérer les groupes religieux dans l’histoire comme des isolats. Ces groupes sont partie prenante de contextes au sein desquels ils nouent et tissent des relations multiples. Ils participent à modeler ces contextes : on sait l’importance de la diversité religieuse dans la fondation de la République américaine. Ils y évoluent aussi et se modifient eux-mêmes en développant de multiples stratégies d’adaptation.

Ainsi, dans le cas français, le rapport entre minorités et majorité, mais aussi l’évolution d’une majorité qui, tout en restant largement majoritaire, perd sa position de religion exclusive. Un changement tout à fait radical dont on n’a peut-être pas encore mesuré tous les effets. Tout ceci alors que l’on ne saurait nier la nécessité absolue de la comparaison avec d’autres contextes, particulièrement à l’échelle nationale, pour réaliser aussi pourquoi nous avons parfois tant de mal à nous comprendre sur ces sujets entre proches voisins, d’un pays à l’autre, et particulièrement d’un bord de l’Atlantique à l’autre, entre Français et Américains.

Le poids des héritages du passé

Une telle histoire de la pluralité en matière de religion est aussi une histoire des cultures et des mentalités. Ainsi, et pour ne prendre qu’un seul exemple, mais qui occupe tant les esprits et les débats, celui de la perception du port du foulard islamique, si différente notamment entre la France et les pays anglo-saxons. Mais n’est-ce pas parce qu’en France, la vie de la diversité s’est construite, n’a été rendue possible, que par ce que j’appellerai la « neutralisation » d’un espace commun qui avait d’abord été si massivement et exclusivement investi par le catholicisme ?

Il y a là, me semble-t-il, un héritage historique qui agit sans même que nous en ayons conscience et qui rend les Français particulièrement sensibles et réticents à tout signe à forte visibilité. Un héritage dont il importe grandement de le faire comprendre aussi aux porteurs de ces signes, et aujourd’hui à celles qui portent le foulard.

À cette histoire de la pluralité, la pluridisciplinarité est absolument nécessaire, le travail conjoint avec – entre autres disciplines – le droit, la science politique, la philosophie. Entre elles, le dialogue est indispensable, mais on ne saurait prétendre qu’il soit simple et toujours facile.

La laïcité est certes d’abord du domaine du droit, un droit qu’il faut faire connaître aux citoyens, dont il faut leur apporter une connaissance débarrassée des entreprises de gauchissement et d’emprise qui sont si fortes aujourd’hui. Mais en rappelant aussi que le droit lui-même n’est pas une essence intemporelle, qu’il est le produit d’une histoire et d’une sociologie. Et que, comme le montre l’exemple précédemment cité, dans la vie du corps social le droit n’est pas tout et ne peut être seul considéré.

Un déficit de pluralisme

Enfin, cette prise au sérieux de la pluralité a aussi pour vertu de faire apparaître un certain déficit de pluralisme, au sens d’une manière de voir plurielle, dans notre culture commune, et le poids des héritages du passé dans la façon dont nous appréhendons ces questions, dans nos catégories ainsi que dans les usages institutionnels.

On peut y repérer l’empreinte, bien sûr, de la culture catholique, mais aussi celle d’un long XIXe siècle, qui – des fondations napoléoniennes à la loi de 1905 – a été celui de la naturalisation du pluralisme en France avec le système dit « des cultes reconnus » (et non pas seulement, comme on le dit encore si souvent, « le système concordataire ») ; un pluralisme réel, effectif mais limité, et surtout, entièrement soumis à la main de fer de l’État

C’est, nous semble-t-il, en attirant l’attention sur des domaines à faible visibilité ou peu pris en compte, en interrogeant les catégories en usage, en remettant les questions en contexte que la recherche peut aussi exercer ses responsabilités à l’égard de la cité sur un sujet en ce moment si sensible et suscitant tant de préoccupations.

Avec, aussi, le devoir de résister à la demande sociale, en gardant toujours présent à l’esprit le risque, en voulant répondre trop directement aux demandes politiques, médiatiques et sociétales, de perdre de la nécessaire indépendance qui fonde la pertinence de toute recherche.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 09:49

1er mai : à quand une vraie fête des travailleurs ?

Le jour où les travailleurs seront libérés des leaders syndicaux, de la Sécu, et des impôts excessifs, ce sera un grand jour de fête. Un article de Jacques Garello de l’aleps


Le 1er mai devait être leur fête. Mais la fête a été triste : fermetures d’entreprises, chômage, perte du pouvoir d’achat, impôts et cotisations en hausse, le moral n’est pas au beau fixe. Divisés et peu suivis, les leaders syndicaux ont fait également triste mine. Seuls les frontistes pouvaient jubiler, car ce qui désole les Français leur est promesse de succès.

D’ailleurs, le 1er mai a-t-il jamais été la fête des travailleurs ? Ses promoteurs et les rares qui sont restés fidèles au message originel l’ont surtout voulu et vécu comme la fête de la révolution prolétarienne : 1793, la Commune, l’Internationale Ouvrière, la Place Rouge et le Komintern. Bonne fille, l’Église (avec Pie XII) a béni le 1er mai en le mettant sous le patronage de Saint Joseph. Mais pour les catholiques, il s’agit de la fête du travail, une activité humaine fort louable, et pas de la fête d’une classe de salariés en lutte.

Pour ma part, je rêve d’un autre 1er mai, qui marquerait la vraie libération des vrais travailleurs, c’est-à-dire de tous les gens qui travaillent en apportant leur intelligence, leur savoir, leur énergie, et parfois leur argent pour créer des produits qui rendront service à la communauté. Peu importe qu’ils soient salariés, ou employeurs, ou artisans, ou libéraux, ou retraités, ils contribuent tous à la satisfaction des besoins des autres.

Or, ces travailleurs méritent d’être libérés.

D’abord et précisément d’être libérés des leaders syndicaux qui sont largement responsables de la situation dramatique où ils ont plongé ceux qu’ils prétendent représenter. Ils ne représentent rien, puisque les salariés qui sont sensés les élire sont moins de 3% à participer aux élections « sociales » dans le secteur privé, et moins de 15% dans le secteur public. Ils ne ne vivent que de privilèges, de subventions et de financements occultes dénoncés par le rapport Perruchot. Ils bénéficient aussi de l’oligopole qu’a institué une loi ridicule réservant la représentativité nationale aux cinq centrales ayant participé à la Résistance !

Non représentatifs, ils sont particulièrement nocifs. Avec l’aide de la classe politique et la complicité plus ou moins consciente des instances patronales dans le cadre du « paritarisme », ils ont inventé un droit du travail et un droit « social » qui sont des machines à tuer les emplois et les entreprises. Salaire minimum, durée légale, conditions d’embauche et de licenciement, indemnisation du chômage, allocations de toutes sortes : autant de « victoires sociales arrachées » qui sont les causes de la disparition des emplois et des entreprises. Ils sont systématiquement opposés à toute réforme significative et défendent avec âpreté les avantages qu’ils ont conquis pour eux-mêmes. Au lieu d’accepter et de développer le dialogue au niveau de l’entreprise, ils ont préféré prêcher et organiser la lutte des classes au niveau de la société.

Oui, le jour où les travailleurs français seront libérés des leaders syndicaux sera un grand jour de fête.

Autre jour de fête : le jour où ils seront libérés de la Sécurité sociale. Ce monstre dont le budget dépasse celui de l’État les tient dans un état éhonté de dépendance et d’exploitation. Les travailleurs devraient être propriétaires de la pleine rémunération de leur travail, les clients et les consommateurs ont payé le prix qu’il faut. En moyenne, sur cet argent bien gagné, la moitié va subir des prélèvements obligatoires. Par rapport au « salaire complet » (ce qu’aurait dû toucher le salarié en rémunération de son travail), la seule part qui va à l’URSSAF et aux assurances complémentaires représente un tiers du salaire net. Ainsi un smicard (1.121 euros net par mois) a-t-il vu son salaire amputé de 495 euros pour l’URSSAF et de 325 euros pour les autres institutions de prévoyance. Il aurait dû percevoir 2.040 euros, libre à lui de s’assurer soit en restant à la Sécu (coût 495 euros) soit en cherchant un assureur moins cher à prestations équivalentes. Un gain est toujours possible quand la concurrence est à l’œuvre, mais le salarié français est prisonnier d’un système qui non seulement lui est coûteux mais a toutes les chances d’exploser dans cinq ou dix ans.

Oui, le jour où les travailleurs seront libérés des leaders syndicaux et de la sécu, ce sera un grand jour de fête.

Autre jour de fête : le jour où ils seront libérés des impôts excessifs. Ils représentent en moyenne 25% de leurs gains, sous forme d’impôts sur le revenu, de CSG, de CRDS, de TVA, de TIPP (carburant), de taxe d’habitation ou de taxe foncière, sans compter les impôts « verts » qui prolifèrent.

Que reçoivent les salariés contribuables en contrepartie ? Des services publics sans nombre, qui amènent à payer une armée de fonctionnaires pour des prestations obligatoires dont certaines ne sont même pas désirées et qui seraient sans doute aussi bien fournies par le secteur privé à meilleur compte. Mais surtout des dépenses de « transferts sociaux », qui permettent à des gens de percevoir des rentes aux dépens des travailleurs. Ainsi le veut l’État Providence, l’état de l’assistance généralisée. Il prend dans la poche de Paul pour donner à Pierre en faisant croire que cet argent vient de sa bienveillance ; il en attend des remerciements électoraux chaleureux.

Oui, le jour où les travailleurs seront libérés des leaders syndicaux, de la sécu, et des impôts excessifs, ce sera un grand jour de fête.

Alors, à quand ? Au 1er mai 2017, ou 2026 ? Le plus tôt serait le mieux.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 07:05

Quand…on ne mesure pas « l’efficacité » de la dépense publique !!!

Quand l’État lève un impôt, il supprime la dépense qu’aurait faite le contribuable au lieu de payer cet impôt. Mais personne ne mesure la performance de l’État par rapport à celle du contribuable.

Il existe deux volets dans la dépense publique. Le régalien (armée, police, justice, diplomatie, fisc, législateur, …) constitue l’armature de la nation et assure l’ordre public, plus ou moins bien, depuis des millénaires. Sans ces institutions et les dépenses qui assurent leur fonctionnement, pas d’État ni de Nation. On constate que ces dépenses… baissent depuis des décennies.

Le second volet, largement développé au XXe siècle, rassemble toutes les dépenses de l’État ou para-étatiques qui « aident » au développement économique. Aides aux entreprises, aux individus, en particulier les « pauvres » ou réputés tels, ou encore financement des « services publics » ou considérés comme tels (énergie, éducation, santé, routes, …). Ces dépenses augmentent depuis des décennies.

L’effet d’éviction : chaque euro dépensé par l’État ne l’est pas par le contribuable

Or, quand l’État lève un impôt ou s’endette et dépense ou investit cet argent, il supprime la dépense ou l’investissement qu’aurait fait le contribuable au lieu de payer l’impôt ou de rembourser la dette. On notera que le problème est exactement le même si l’État réussit à recouvrer de l’impôt non acquitté à la suite d’une « fraude fiscale ».

Si ce point n’est pas pertinent pour le domaine régalien, la question pendante, parce que jamais posée ni mesurée, est celle de l’efficacité de la dépense publique du second volet. Cette « efficacité » économique se juge objectivement, à condition de la définir. Le but de l’activité économique est clairement de fournir à la population de la nation, au moindre coût, tout ce qu’il faut pour manger, se soigner, se loger, s’habiller, s’instruire, se distraire. L’« efficacité » se mesure alors par le volume des ventes de biens et de services à ladite population. Encore faut-il que ces biens et services soient achetés librement par des clients. Un sous-ensemble du PIB est une mesure, très approximative et biaisée, de ce résultat.

Personne ne mesure la performance de la dépense de l’État par rapport à celle du contribuable

La question clé est donc la suivante : hors dépenses régaliennes, quelle est la production finale de biens et de services achetés résultant de l’injection de 1 000 € de dépenses de l’État par rapport à 1 000 € de dépenses ou d’épargne des contribuables citoyens ou entreprises ? Accessoirement, quand le gouvernement s’endette, en quoi cette dette supplémentaire va-t-elle concourir à produire au moins assez de richesses pour la rembourser, avec ses intérêts ?

Il est clair que l’un des « grands principes » de la comptabilité nationale (la « non affectation des recettes aux dépenses ») est loin de contribuer à assainir le débat … D’autre part, aucune loi se voulant « économique » ne porte jamais la moindre évaluation de ses résultats attendus en termes de ventes de biens et de services. Encore moins la mesure de ces résultats dans le temps.

Qu’est-ce qui nous empêche de mesurer cette performance, outil de pilotage de la politique économique ?

Nous disposons pourtant par l’INSEE de très nombreuses statistiques en tous genres, fort précises, dont pour le moment on se garde bien de « sortir » les agrégats mesurant cette efficacité de la dépense publique. C’est pourtant cette efficacité concrète qui légitime, ou pas, l’action des pouvoirs publics, l’impôt et la dette de l’État … plutôt que les arguments actuels qui relèvent davantage de l’idéologie ou de l’incantation.


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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 17:54

Une authentique solidarité n’est-elle pas celle d’un partage spontané relevant de la volonté individuelle plus que d’une institutionnalisation à marche forcée ?

Aussi entendons-nous insister à présent, dans ce second volet, sur l’indispensable liberté du consentement individuel à l’exercice d’une solidarité.

En effet, pour être véritablement honorable, c’est-à-dire digne de respect, toute performance doit prendre appui sur le moteur éthique d’une solidarité que nous pourrions qualifier d’« innocente » en tant qu’elle vise au partage équitable des fruits de l’effort et ne s’exerce pas sous la pression d’une injonction collective et infantilisante à la justice sociale. Armand Laferrère a d’ailleurs montré dans un mémorable article, publié au cours de l’été 1998 dans la revue Commentaire, combien l’assistanat est l’ennemi de la solidarité et combien la « justice sociale » à la française est une inefficace hypocrisie consistant à préférer l’égalité à la liberté, ce qui, dans les faits, se traduit par moins de liberté mais jamais moins d’inégalités… les Français s’entêtant – comme le montrera Jean-François Revel dans La Grande parade, à tolérer les seuls privilèges accordés par l’État.Ludwig von Mises entreverra d’ailleurs à ce sujet le risque du « destructionisme » que présentent toutes les formes de solidarité nationale imposées à chacun et qui se révèlent, un jour ou l’autre, exceptionnellement contre-productives. Une fois dissociée par l’industrialisme et l’urbanisation, la solidarité basée sur la responsabilité ou la faute a peu à peu fait place à une solidarité du risque, prise en charge non plus par les hommes mais par l’État. Celle-ci fut théorisée vers 1893 par des intellectuels comme Emile Durkheim et prit par exemple la forme du solidarisme dès 1899 sous la férule de Léon Bourgeois dont le projet était de faire converger la tradition contre-révolutionnaire et l’égalitarisme du socialisme utopique en vogue à cette époque.

Kant peut toutefois être considéré comme le premier philosophe à avoir perçu puis distingué ce qui relève de la solidarité entre États et le « droit cosmopolitique » fondé sur une hospitalité minimale due à tout homme. Seul le kantisme a donc anticipé la concurrence croissante entre l’attachement à la nation et d’autres formes de solidarité : socialement en effet, le groupe national n’est pas le seul à « éprouver des solidarités » comme le dit A. Grosser dans Au nom de quoi ? Les appartenances de classe, qui fondent la solidarité sociale, de culture, qui incluent le phénomène religieux, de pratiques (les loisirs), de voisinage ou de communauté, ou même, avec l’émergence de ce que Cassese appelle les « couloirs et droits humanitaires », à l’ensemble de l’humanité sont autant de registres possibles d’exercice de la solidarité, qui affaiblissent la prééminence du choix imposé à tous d’une solidarité à l’échelle nationale. Une authentique solidarité n’est-elle pas celle d’un partage spontané relevant davantage de la volonté individuelle et morale plutôt que d’une institutionnalisation à marche forcée ?

La sincérité apparaît donc comme consubstantielle de la solidarité ; ou, pour le dire autrement, en reprenant la méthode nietzschéenne de la généalogie pour enquêter sur les valeurs morales, la sincérité à l’autre – bien opposée en ce sens à la philanthropie ou à l’altruisme – est très probablement un concept moral précurseur de la solidarité, dès lors que l’on estime impossible, c’est-à-dire que l’on s’estime personnellement indigne ou incapable, de vivre légalement aux dépens des autres. C’est peut-être cela d’ailleurs le primat de la solidarité : être responsable de soi-même au point de ne dépendre aucunement des autres. On retrouve cette thèse dans l’ouvrage Solidaire si je veux ! du professeur Alain Laurent, qui plaide en faveur d’une alliance de l’éthique de la responsabilité individuelle et de la libre coopération contractuelle qui, seule, peut donner vie à une solidarité volontaire au sein de la « civilité retrouvée ». Christian Michel abonde lui aussi dans ce sens lorsqu’il déclare que « la morale se situe dans l’engagement personnel, et la solidarité s’appelle alors amour et charité ».

Si elle apparaît donc – plus ou moins spontanément – comme un impératif, la solidarité doit cependant s’exercer de concert avec la sincérité du sentiment et non être le résultat d’une quelconque pression culpabilisante. À cet égard, nous pouvons nous interroger quant à la possibilité d’une conciliation entre la décision éminemment individuelle de la solidarité en acte et la nécessaire prise de conscience d’un destin commun de tous avec tous, pour détourner Hobbes. C’est cette tentative, cette quête d’un génie réconciliateur qu’exprime merveilleusement dans L’enracinement la philosophe Simone Weil lorsqu’elle prophétise : « Celui qui inventerait une méthode permettant aux [humains] de s’assembler sans que la pensée s’éteigne en chacune d’elles produirait dans l’histoire humaine une révolution comparable à celle apportée par la découverte du feu, de la roue, des premiers outils.» Or nous connaissons les prouesses, les performances réalisées par l’Homme depuis qu’il maîtrise le feu, a découvert la roue et s’est fabriqué ses premiers outils ; suivre Simone Weil jusqu’au bout de sa pensée, c’est par conséquent reconnaître indéfectiblement que seule la solidarité humaine peut à présent couvrir le monde des Hommes d’autant de stabilité et d’honneur qu’a pu le faire le progrès technique.

À l’ère à laquelle nous vivons, celle du narcissisme hédoniste, du relativisme erratique d’un libre arbitre devenu libre arbitraire et du nihilisme contemporain à l’endroit des valeurs qui fondent notre tradition, il nous faut nous méfier de la dangereuse instrumentalisation de la solidarité comme injonction – en réalité tout à fait contre-productive. En effet, la solidarité est un impératif, catégorique pour les uns qui y voient la condition même de toute (sur)vie en société, de raison pour les autres, rappelés à l’autre par la globalisation, véritable miroir de la naturelle interdépendance des Hommes. Il faudrait toutefois se garder de faire de cet impératif un diktat au détriment de toute éthique individuelle fondée sur la libre contribution de chacun à la solidarité.

S’il est donc vrai que sans elle aucune performance ne peut véritablement être pérenne, ni digne d’estime ou de respect, puisqu’elle se ferait dans le mépris de l’humaine condition, il nous faut conjointement porter toute notre attention au libre exercice d’une solidarité heureuse et consentie celle-là même que décrit F. Nietzsche dans Le Gai savoir : « Toi aussi tu voudras secourir ! mais ne secourir que ceux-là dont tu comprends entièrement la détresse, parce qu’avec toi ils ont une souffrance et une espérance — tes amis : et ne les secourir qu’à la manière dont tu te secours toi-même : — je les rendrai plus courageux, plus endurants, plus simples, plus joyeux ! je leur enseignerai ce que maintenant si peu de gens comprennent, ce que ces prédicateurs de la solidarité compatissante comprennent le moins : — la solidarité dans la joie »« Toi aussi tu voudras secourir ! mais ne secourir que ceux-là dont tu comprends entièrement la détresse, parce qu’avec toi ils ont une souffrance et une espérance, — tes amis : et ne les secourir qu’à la manière dont tu te secours toi-même : — je les rendrai plus courageux, plus endurants, plus simples, plus joyeux ! Je leur enseignerai ce que maintenant si peu de gens comprennent, ce que ces prédicateurs de la solidarité compatissante comprennent le moins : — la solidarité dans la joie.

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